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ERASMUS … et après ? Propositions pour une nouvelle politique européenne en matière d’éducation (Franck Biancheri, 2002)

ERASMUS … et après ? Propositions pour une nouvelle politique européenne en matière d’éducation (Franck Biancheri, 2002)

Analyse d’une décennie perdue (par Franck Biancheri Directeur des Etudes et de la Stratégie, Europe 2020)

Ces dernières semaines, la Commission européenne célèbre le millionième étudiant ERASMUS. Romano Prodi s’est en fait lui – même l’écho dans un récent article soulignant le succès du programme et lançant quelques pistes pour l’avenir. Etant l’une des personnes qui a permis l’adoption politique d’ERASMUS au printemps 1987, je me félicite du succès de ce programme qui est par ailleurs le seul programme communautaire a être connu par un nombre important de citoyens européens, comme l’a montré le succès du film « L’auberge espagnole » de Cedric Klapish.

Pourtant, je ne partage pas aujourd’hui l’analyse auto-satisfaite de la Commission (et des ministères nationaux de l’éducation) telle qu’elle ressort de l’interview du Président Prodi ou des discours des services concernés ; et je crois qu’il est temps après une décennie perdue de proposer de nouvelles orientations dans ce domaine, s’appuyant sur les dynamiques qui ont fait le succès originel d’Erasmus: innovation méthodologique, audace politique et confiance dans la dynamique des acteurs (étudiants et professeurs), seule susceptible de générer une dynamique des moyens financiers et budgétaires et un impact structurel et durable.

ERASMUS : un immense succès initial porté par les étudiants et les  professeurs … progressivement transformé en machinerie bureaucratique  profitant à moins de 1% des étudiants européens en 15 ans

Que  l’on  me comprenne bien : ERASMUS a été un programme extrêmement  important pour  l’Europe  universitaire  mais  son  utilité  essentielle,  à  mon  avis,  a  été  épuisée  dès  le  début  des  années  90.  En  effet  en  5/6  ans,  il  a  permis  de  bouleverser  le  tissu  universitaire  européen  en  recentrant nos universités sur les échanges intra – européens ; alors qu’au milieu des années 80  elles regardaient toutes vers les Etats – Unis,  et uniquement  vers les Etats – Unis.

Pratiquement  tout  ce  qu’ERASMUS  contenait  d’innovation  a  été  mis  en  place  dès  le s  premières années : les réseaux d’universités, le système de transfert des crédits (ECTS) et les  réseaux européens étudiants. C’est là où il a eu un impact structurel essentiel. Ce qui, je crois,  doit être la finalité d’un programme communautaire (et non  pas la gestion ad vitam aeternam  du  changement  ainsi  déclenché).  On  peut  considérer  que  dès  le  début  des  années  90,  ERASMUS avait joué son rôle et avec une efficacité remarquable.

Pour  le  reste,  si  on  mesure  son  utilité  à  l’aune  de  la  mobilité  étudiante  qu ’il  a  permise  directement, avec le chiffre de 1 million d’étudiants sur 15 ans, on n’est pas face à un succès  mais plutôt devant un échec relatif très important par rapport aux objectifs initiaux de parvenir  à faire circuler en Europe 10% des étudiants chaque année (ce qui sur 15 ans nous conduirait  au chiffre de 4 millions d’étudiants pour l’UE ; et le million annoncé est calculé sur une zone  beaucoup plus vaste que l’UE. Il correspond à moins de 1% des étudiants européens).

Et  si  l’on  mesure  l’utilité  du  programme  par  rapport  à  sa  capacité  à  répondre  aux  nouveaux  défis  suscités  tant  par  son  succès  initial  que  par  l’évolution  de  la  construction  européenne,  alors  là  on  est  franchement  dans  un  échec  complet  puisque  le  programme,  sous  sa  nouvelle  appellation  d e  SOCRATES,  n’a  connu  en  quinze  qu’une  seule  innovation  majeure :  le  transfert de la dynamique du programme hors des mains des étudiants et professeurs qui l’ont  littéralement conduit au succès,  vers  celle des administrations  communautaires,  nationales  et  universitaires  qui  l’ont  fait  sombrer  dans  l’immobilisme  le  plus  total  depuis  près  d’une  décennie

La vengeance des ministères nationaux de l’éducation qui ne voulaient pas d’ERASMUS  et la course à l’accroissement budgétaire de la Commission et du Parlement européen  ont progressivement tué la dynamique et la valeur- ajoutée du programme

Pourtant,  dès  le  début  des  années  90,  de  nombreuses  analyses  et  réflexions  ont  alimenté  les  circuits nationaux et communautaires mettant en avant la nécessité de renouveler  radicalement  l’approche   d’ERASMUS   afin   de   construire   des   programmes   de   seconde   et   troisième  génération prenant en compte les changements importants survenus tant dans l’UE que dans le  milieu universitaire européen. Elles  ne  furent pas  entendues et ce  sont  les enjeux de pouvoir  internes  au  système  communautaire  qui  dominèrent  le  processus  de  décision  aboutissant  à  deux résultats désastreux :

1. une   bureaucratisation  de  tout  le  processus   au  profit   notamment  des   ministères  nationaux    de    l’éducation.    N’ayant    pu    empêché    l’adoption    d’Erasmus    (cf. ERASMUS a failli ne jamais exister… (David Carayol, 2007), ils se sont rattrapés ensuite pour  veiller  à  ce  qu’il   ne  donne  pas   naissance  à   de   « dangereux »  développements  européens.

2. une  course  aux  enveloppes  budgétaires  (où  Parlement  et  Commission  jouaient  de  la  surenchère au nom de la « jeunesse »), totalement déconnectée de la notion d’utilité ou  d’efficacité  du  programme.  Il  y  a  tant  d’officines,  de  « projets  pilotes »   inconnus  du  moindre  « passager »,  et  d’experts  à  nourrir  autour  du  programme  SOCRATES  que  mieux vaut ignorer son efficacité réelle

Le grand paradoxe : la politique de mobilité étudiante de l’UE est à la fois socialement  très élitiste et incapable de former les élites trans-européennes dont l’UE a besoin

Et  aujourd’hui,  derrière  le  chiffre  affiché,  en  apparence  impressionnant,  mais  en  fait  très  faible, d’un million d’étudiants échangés, après quinze années de    programmes  communautaires destinés à l’enseignement supérieur, on trouve une Union Européenne où :

. il n’y a toujours pas de démocratisation de ces politiques : la découverte de l’Europe reste le  privilège d’une toute petite minorité d’étudiants, souvent issus de familles aisées du fait de la  faiblesse des bourses

. l’UE n’est toujours pas en  mesure de  former en nombre suffisant ses  futures élites dans  les  différents  secteurs  de  la  société  européenne :  médias,  administrations,  entreprises,  politique,  enseignement,  …  partout  existe  un   immense   décalage  entre   les   besoins   en  terme  de  gestion/leadership/expertise  européenne  et  les  ressources  humaines  disponibles.  Car  il  faut  ajouter que l’échange de 6 mois à un an d’Erasmus n’est souvent qu’un agréable moment pour  l’étudiant bénéficiaire mais ne forme pas  particulièrement à faire ou gérer de « l’Europe ».

En ce qui concerne la démocratisation, il est évident que la responsabilité des Etats-Membres  est  immense.  Nombre  d’entre  eux  ne  font  rien  de  sérieux  (au – delà  des  discours  et  effets  d’annonce)  pour  introduire  l’enseignement  des  langues  dès  le  primaire  ou  généraliser  la  diffusion  d’émission  de  télévision  en  V.O  sous – titrée.  Cette  situation  contribue  à  creuser  le  fossé au moment de partir à l’étranger à l’université, entre ceux qui peuvent aisément et ceux  pour lesquels c’est un vrai calvaire linguistique.

Pour  ce  qui  est  de  la  formation  des  élites,  la  responsabilité  est  collective  et  pèse  sur  tout  le  système :

– des  Etats-Membres  qui  s’opposent  à  tout  ce  qui  pourrait  remettre  en  cause  le  « contrôle  absolu »  de  leurs  filières  d’excellence  (et  dont  le  principal  résultat  est  que  leurs  meilleures  têtes  vont  se  former  aux  Etats – Unis,  puis  y  restent  pour  un  grand  nombre)

– une Commission et un Parlement européen englués dans une rhétorique d’un autre âge  qui  op pose  formation  des  élites  (qu’ils  confondent  avec  élitisme)  et  démocratisation  (qu’ils  déclinent  comme  un  mantra),  alors  que  les  deux  sont  connexes.  Avec  en  plus  une DG Education de la Commission qui n’est rien de plus désormais qu’un secrétariat  du Consei l des Ministres de l’Education. Ce qui fait d’ailleurs qu’on peut se demander  de la pertinence de son maintien en activité

Une politique européenne d’éducation sans ambition et sans pilote

Alors, aujourd’hui, en cette fin 2002, au  moment où l’UE entre d ans une période cruciale de  transformation et d’adaptation aux futures décennies, où en est-on en ce qui concerne la future  politique européenne d’éducation ? A part deux initiatives intéressantes (Erasmus World et le  processus  de  Bologne)  mais  qui  ne  touchent  que très  indirectement  aux  deux  questions – clés  que  sont  la  démocratisation  de  l’accès  à  la  dimension  européenne  et  la  formation  des  élites  trans – européennes,  c’est   le   néant.   On   s’oriente   paisiblement   vers   la   Xième   version  d’ERASMUS,  noyé  au  sein  d’un  programme  SOCRATES  tellement  compliqué  que  plus personne  ne  sait  très  bien  à  quoi  il  sert  vraiment.  On  perpétue  la  promotion  d’accords  d’échanges et de mobilité avec  les régions voisines,  incluant  maintenant la Méditerranée sud  et est, mais sans autre exig ence que de bâtir des projets formellement acceptables. L’utilité de tout cela est censé résidé dans son existence même. D’ailleurs, on continue ainsi à  développer  avec  une  part  importante  des  fonds  des  programmes  toute  une  nouvelle  caste  de  « professionnels  des  programmes  d’éducation  européens »  remplissant  une  multitude  de  séminaires et de rencontres entre professeurs et personnel de gestion : le  « Tout  Petit Monde » de David Lodge avec le contenu intellectuel en moins.

Erasmus World  a au moins le mérite d’essayer de s’attaquer à l’immense déficit de visibilité  et  d’attraction  de  l ’Europe  de  l’enseignement  supérieur  par  rapport  aux  Etats – Unis,  en  n’oubliant  pas  la  force  européenne  que  constitue  l’intérêt  de  ses  étudiants  pour  le  reste  du  monde  (ce  qui  n’est  pas  le  cas  des  Etats – Unis  aujourd’hui).  Mais  ce  n’est  qu’une  action  de  modes te  envergure  sur  toile  de  fond  de  mondialisation ;  en  aucun  cas  elle  ne  reflète  une  volonté  européenne  de  positionner  son  enseignement  supérieur  vers  le  XXI°  siècle  et  d’ intégrer à ce projet les ressources humaines mondiales qui le souhaitent. De plus très souvent  ces  « nouveaux »  programmes  européens  avec  l’extérieur  ne  font  qu’habiller  d’Europe  des  échanges bilatéraux existant ne créant ainsi que très peu de nouveaux flux.

Le  «processus  de  Bologne»,   quant  à  lui,  (dont  l’appellation  ressemble  au  titre  d’un  roman  d’Umberto  Eco),  ne  recouvre  in  fine  qu’  un  processus  d’harmonisation  des  cursus  sur  le  modèle américain.  Rien de plus, rien de moins. Si cela peut permettre une meilleure mobilité  trans – européenne,  tant  mieux.  Mais  cela  permettra  d’abord  une  meilleure  mobilité  globale  sans aucune spécificité européenne. C’est de la normalisation. Pas un projet d’éducation.

Cette  situation  tient  notamment  à  l’absence  de  pilote  de  cette  politique.  Et  au  risque  de  déplaire  aux  juristes  et  autres  bureaucrates,  ça  n’est  pas  la  question  de  l’éducation  comme  compétence  commune  qui  est  importante  (Erasmus  fut  conçu  et  mis  en  œuvre  sans  cela).  C’est l’absence de leadership intellectuel et la stérilisation par les institutions communautaires  et  nationales  de  tous  les  mouvements  (étudiants,  enseignants)  qui  auraient  pu  être  porteurs  d’approches et d’idées nouvelles. Les uns (Commis sion, Parlement) par peur des critiques sur  leur   gestion   de   ces   programmes ;   les   ministères   nationaux   par   peur   de   voir   ces  développements européens remettre en cause leurs habitudes nationales.

C’est  pour  cela  qu’il  m’a  paru  utile  de  préciser  ce  que  pour rait  être  les  grands  axes  d’une  politique  d’éducation  européenne  pour  la  décennie  à  venir.  Une  chose  est  certaine :  il  faut  rompre  radicalement  avec  le  conformisme  de  la  dernière  décennie  qui  nous  fait  prendre  un  immense retard en matière de préparation de  nos ressources humaines européennes (qu’elles  soient citoyennes ou professionnelles).  Cela passera aussi par une remise à plat des processus  décisionnels et des opérateurs qui eux aussi sont devenus obsolètes pour l’essentiel.

Un dernier élément doit retenir notre attention:  il est important que le projet de constitution  européenne  mentionne  l’importance  de  «l’accès  à  la  dimension  européenne»  au  sein  du  processus  éducatif  de  chaque  citoyen.  Pour  voir  émerger  un  citoyen  européen,  il  n’y  a  pas  d’autres  moyens. Sans éducation  adaptée,  le droit n’est qu’un squelette vide … et  le citoyen  européen  restera  un  citoyen  purement  national  avec  des  droits  et  devoirs  européens.  Un  cocktail peu recommandé pour l’avenir de la construction européenne.

Cinq propositions pour une nouvelle politique en matière d’éducation à l’horizon 2010:

Trois grands axes pour la politique européenne en matière d’enseignement supérieur et deux propositions centrales pour les enseignements primaire et secondaire

Trois grands volets qui s’appuient chacun sur un instrument simple et capitalisent sur les acquis structurels d’ERASMUS:

A. Démocratiser réellement l’accès à l’Europe en faisant accéder 500.000 étudiants par an à la dimension européenne pour 20 millions Euros

Toute  démocratisation  implique  de  pouvoir  mobiliser  un  très  grand  nombre  de  gens,  représentant une proportion  importante de la cible : 12 millions d’étudiants dans  l’UE, et  environ 15 millions avec les pays candidats. Cet accès à l’Europe est impossible à réaliser  via  le  système universitaire (faute de  faire exploser tous nos cursus  universitaire). Il  faut  donc  toucher  la  cible  étudiante  hors  cursus.  Par  ailleurs  l’accès  à  l’Europe  est  avant  tout  une découverte, une sensibilisation, l’expérience que les autres Européens ne sont plus des  étrangers.  La  dimension  essentielle  n’est  pas  ac adémique,  mais  citoyenne,  humaine,  culturelle. Etant donnée la taille de la cible, le coût unitaire de l’accès doit être faible. Le  seul  « portail »  permettant  de  réaliser  une  telle  démocratisation  est  constitué  par  les  associations  et  réseaux  étudiants.  E ux  seuls,   via   leurs  congrès,  séminaires,  projets  européens  peuvent  permettre  de  faire  découvrir  les  autres  Européens  à  un  pourcentage  important  des  étudiants  européens  pour  un  coût  global  très  limité.  A  titre  d’exemple,  les  principaux  réseaux  étudiants  eur opéens  cumulés  (AEGEE – EUROPE,  AIESSEC,  ELSA,  BEST, ESIB, …) ont permis en quinze ans a plus d’étudiants de découvrir les Européens  que  le  programme  ERASMUS  durant  la  même  durée  ….  Et  tout  cela  a  été  obtenu  avec  une  aide  globale  de  quelques  millions  d’Euros   seulement  sur  15  ans  (contre  plusieurs  milliards pour ERASMUS). Aujourd’hui outre ces organisations, des dizaines de projets et  de réseaux étudiants européens tentent de se développer, vecteurs de centaines de milliers  d’intéractions  européennes  directes  chaque  année,  souvent  beaucoup  plus  formatrice  à  l’Europe  que  l’expérience  d’ « étudiant  étranger »  pendant  quelques  semaines  dans  une  université.

L’outil ce cette démocratisation est donc très simple :

Soutenir à grande échelle  le développement et la  mult iplication des réseaux, associations  et  projets  étudiants  européens  en  ouvrant  un  système  de  subventions  très  transparent,  pourvu de 4 niveaux de subventions (pour simplifier la gestion qui devra être décentralisée  et simplifiée), correspondant au nombre d ’étudiants concernés :

  • 5.000 Euros
  • 10.000 Euros
  • 20.000 Euros
  • 50.000 Euros.

Objectif : Atteindre le chiffre de 500.000 étudiants/an .  Pour des opérations allant de  3 à 15 jours (conférences, séminaires, projets, ..). Le coût total pourrait s’élever à 20  millions Euros par an.

B. Former les futures élites européennes grâce aux cursus intégrés : 20.000 cadres  supérieurs pour 100 millions par an

Le  séjour  de  six  mois  ou  d’un  an  ne  permet  pas  de  former  un  future  ‘euro – décideur’,  quelque  soit  le  secteur.  Dans  le  domaine  du  management,  les  meilleures  institutions  ont  déjà  montré  la  voie :  le  cursus  intégré,  à  savoir  un  diplôme  obtenu  après  un  cycle  passé, chaque année, dans un pays différent. Ce processus ne peut pas se décréter par le  haut  (Commission  ou  Ministères).  Il  doit  viser  à  accompagner  des  initiatives  venues  d’universités, d’écoles, en coopération avec des régions ou des entreprises (notamment en  gestion et technologie). Les projets d’  « AIRBUS Universitaires », associant universités,  entreprises et pouvoirs publics, développés par  le  Groupe des Belles Feuilles  s’inscrivent  dans  cette  direction.  Le  poids  budgétaire  de  cette  axe  crucial  pourrait  s’élever  à  100  millions/an  pour  un  objectif  de  20.000  étudiants  par   an.  Les  exemples  de  ce  type  de  cursus  sont  assez  nombreux  désormais  pour  pouvoir  faire  des  émules  rapidement,  si  l’incitation financière est là.

C. Enrichir l’éducation nationale/régionale par des apports européens

Enfin,  il  est  utile  de  maintenir  un  axe  d ’enrichissement  du  processus  académique  par  un  apport   européen   (séjour   de   3   mois   à   1   an).   C’est   la   forme   actuelle   dominante  d’ERASMUS,  qui  ne  devrait  à  l’avenir,  plus  constituer  qu’une  partie  relativement  faible  de  la  nouvelle  politique  européenne  d’éducat ion.  Cette  composante  devrait  s’appuyer  d’abord   sur   les   universités   elles – mêmes   et   les   systèmes   de   bourse   au   niveau  national/régional. Il ne devrait être stimulé que de manière limité au niveau européen car il  est le plus ancien et le moins utile collectiv ement (pour le construction européenne). Il ne  devrait viser qu’à compléter des bourses existantes notamment pour les étudiants à faibles  revenus.  Ce  serait  une  approche  plus  sociale  d’une  dimension  mise  en  œuvre  à  d’autres  niveaux.

L’insertion de la dimension globale se fera à travers chacun des trois axes en réservant  certains moyens pour des actions entre l’UE et le reste du monde (comme par exemple  avec l’instrument Erasmus World qui de facto ne pourra se développer réellement que sur  la base de vrais  cursus intégrés européens, les seuls à intéresser structurellement les  universités américaines, asiatiques ou latino – américaines).

Les deux recommandations pour l’enseignement primaire et secondaire

Enfin,  car  même  si  je  suis  persuadé  que  pour  les  année s  à  venir,  la  priorité  des  priorités  pour  l’Europe  de  l’éducation  doit  rester  l’enseignement  supérieur,  il  y  a  deux  choses  importantes à faire pour l’enseignement primaire et secondaire :

1. généraliser  l’enseignement  d’une  langue  étrangère  dès  l’âge  de  7/8  a ns  et  responsabiliser  directement  les  Etats-Membres  et  les  régions  en  la  matière.

L’UE pourrait fournir un soutien pour 3 ans (à évaluer ensuite) pour la mise en  place  d’une  vaste  « bourse  d’échanges »  d’assistants  en  langue.  Internet  ferait  très  bien  l’affaire  pour  faire  se  rencontrer  offre  et  demande.  Nul  besoin  d’un  nouveau   programme   en   la   matière.   Et  le   Parlement   européen   pourrait  utilement  demander  à  Eurostat  de  sortir  chaque  année  un  « hit – parade »  de  l’enseignement des langues au primaire  (par région  et par Etat). Je suis certain  que cela intéresserait largement nos concitoyens …. Et provoquerait des prises  de conscience très positives surtout chez les décideurs concernés.

2. soutenir   l’insertion   dans   les   manuels   nationaux   d’histoire   de   cycle  secondaire  de   « visions   comparées »   de   grands   évènements   historiques  européens. 

Le  simple  fait de  mettre côte-à-côte les  visions respectives de  nos  différents pays pour des évènements  majeurs où ils  se sont affrontés constitue  la  vraie  valeur  ajoutée  d’être  Européen.   Nul  besoin  de  réécrire  une  histoire  politiquement correcte. Rien à  inventer. Il  suffit de prendre ce qui existe chez  le  voisin  et  de  le  mettre  en  parallèle  pour  quelques  grands  évènements.  En  effet,  découvrir,  en  tant  que  Français,  qu’en  Belgique  on  se  souvient  que  les  armées  de  Louis  XIV  ont  détruit  la  Grand  Place  de  Bruxelles  ou  qu’en  Allemagne  il  a  fait  tué  des  milliers  de  personne  dans  la  vallée  de  Heidelberg,  constitue  le  vrai  apprentissage  de  l’histoire  de  l’Europe.  Et,  dans  mon  cas,  comme  dans  celui   des  dizaines  de  millions  d’élèves  européens,  je  sais  qu’il  aurait suffit de quelques lignes dans un livre d’histoire pour que je l’apprenne à  13/14 ans avec mes centaines de milliers de condisciples, plutôt qu’à 25 ans en  travaillant sur place avec quelques dizaines d’étudiants européens.

Franck Biancheri, Directeur des Etudes et de la Stratégie, Europe 2020 – 24/10/2002

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