Sa vie

Né le 11 mars 1961 à Nice, il est fils d’enseignants. Il grandit dans les cours d’école de la République en région parisienne, notamment aux Mureaux, libre et protégé à la fois, seul (fils unique) et entouré, une cour de « récré » pour lui tout seul comme terrain de jeu quotidien et déjà une bonne connaissance des coulisses du pouvoir (celui des maîtres et maîtresses d’écoles, le « pouvoir » aux yeux des écoliers).
Au terme d’une bonne scolarité, il obtient à 17 ans son bac C (scientifique) au lycée Masséna, à Nice, où sa famille était revenue s’installer après 15 ans passés en région parisienne.
franck biancheri
Franck Biancheri vit la vie étudiante qui s’est ensuite ouverte à lui comme une série d’opportunités, d’expériences et de défis: approfondissement des sciences (maths sup…), passage du Bac A (littéraire), rencontre avec la maladie (maladie de Hodgkins à 20 ans), découverte de Paris (Sciences Po Paris), premiers pas dans la vie politique et citoyenne (présidence du Bureau des Elèves de Sciences Po…), vivant Erasmus avant l’heure (très grande mobilité -trans-européenne), prises de consciences diverses (traversée du Rideau de fer)…

C’est au cours de ces années que le projet politique qui l’anime voit le jour puisque c’est dans le cadre du BDE de Sciences Po que Franck Biancheri lance en 1984 avec quelques amis dirigeants les bureaux des élèves d’autres écoles parisiennes (Poytechnique, HEC, ESSEC et Sup Telecom), la première association d’étudiants européens, AEGEE-Europe . A l’époque, en pleine eurosclérose, tout le monde leur disait « Ca ne marchera jamais : l’Europe est un projet moribond qui n’intéresse pas les jeunes ! ». La suite prouvera que non.

AEGEE-Europe (Association des Etats Généraux des Etudiants Européens), est née d’un congrès européen organisé par les grandes écoles parisiennes et la Sorbonne. Deux ans plus tard, AEGEE comptait une cinquantaine d’antennes universitaires en Europe et plus de 10.000 membres, organisait des événements majeurs (nuit de l’Europe reliée par satellite,…) et surtout permettait le lancement d’ERASMUS en alertant le président Mitterrand et le chancelier Kohl sur le fait que les ministères de l’éducation français, allemand et britannique étaient en train de tuer le programme. Le déjeuner qui s’est tenu à l’Elysée en Avril 1987 entre les membres d’AEGEE et M. Mitterrand et suite auquel le Président français a fermement réaffirmé son intention que le programme ERASMUS voit le jour au cours d’une intervention télévisée, a ainsi été le moment décisif du déblocage et de l’adoption de ce programme.

Dès lors, ses vies professionnelle et politique se mêlent intimement pour mieux se mettre au service de son projet pour l’Europe

Comme annoncé deux ans plus tôt, en 1988, alors qu’AEGEE-Europe est devenu le mouvement européen étudiant incontournable dans le système communautaire, Franck Biancheri quitte sa présidence et fonde avec la plupart des créateurs d’AEGEE le premier parti politique trans-européen, Initiative pour une Démocratie Européenne (IDE).

Expérience politique de potaches riche d’enseignements, Franck Biancheri n’avait pas imaginé qu’IDE resterait pendant vingt ans, jusqu’à Newropeans, la seule tentative électorale européenne réussie: IDE a pu se présenter en Espagne, en France et aux Pays-Bas pour les élections européennes de 1989.

Si la structure d’IDE n’a pas survécu aux coûts de sa première campagne européenne de 1989, c’est le même esprit qui insuffle toujours Newropeans; et surtout IDE a constitué un formidable test dont il avait tiré de multiples enseignements pour le développement de Newropeans. A titre anecdotique:

l’un des cinq points-clés du programme d’IDE, élaboré début 1988, demandait à la Communauté européenne de se préparer dans les dix ans à venir au « retour de l’Europe de l’Est vers l’Europe » car l’URSS ne pourrait pas empêcher plus longtemps une telle évolution. Nombre de journalistes ont utilisé ce point au cours du premier semestre 1989 pour illustrer le caractère « délicieusement naïf et utopiste» de ses analyses. L’Histoire prouva qu’il ne fallut qu’un an pour déclencher ce retour vers l’Europe.

Dès les années 1990, Franck Biancheri se donne les moyens de perpétuer le travail d’AEGEE en créant Prometheus-Europe.
Prometheus-Europe constitue alors la première association de jeunes professionnels européens consacrée à l’information sur les politiques et programmes communautaires au service tant des bénéficiaires potentiels (information top-down) que des institutions (évaluation bottom-up). C’est bien sûr la deuxième partie de sa mission qui sera à la fois la plus politique, la plus utile mais aussi la plus controversée au sein des institutions communautaires. Dans le cadre de Prometheus-Europe, son équipe et lui sont tombés sur de nombreux dysfonctionnements des politiques et programmes européens qui les ont amenés à faire un intense travail de mise en garde des institutions, toujours assorti de propositions concrètes de réformes et d’améliorations.

C’est notamment le cas en 1991 quand, scandalisé par l’indifférence des services concernés à la Commission européenne, Franck Biancheri signe la lettre ouverte, élaborée par l’équipe de Prometheus-Europe, sur les dysfonctionnements du programme TEMPUS, adressée à 500 hauts fonctionnaires de la Commission européenne, tous les parlementaires européens et l’ensemble des Ministres des Affaires étrangères et des Ministres de l’Education européens. Elle déclenche une enquête de la Cour des comptes Européenne qui lui demande officiellement d’y participer et constitue ainsi la première remise en cause sérieuse de l’opacité et de la mauvaise gestion des programmes communautaires.

De manière générale, pendant près d’une décennie, Prometheus-Europe aura alerté la Commission qu’elle allait au devant de graves problèmes si elle ne réformait pas ses modes de fonctionnement, en particulier en ce qui concernait la gestion de ses programmes. Considérés comme des empêcheurs de tourner en rond, un an avant sa chute, le cabinet du président de la Commission, Jacques Santer, les enjoint d’arrêter d’envoyer nos analyses sur ces questions à la Commission. La suite des évènements parle d’elle-même.

Parallèlement, au cours des années 1990, Franck Biancheri lance Prometheus-Europe dans une série de rencontres globales en organisant une trentaine de conférences sur l’avenir des relations entre l’Europe et différentes parties du monde: monde arabe, Amérique latine, Asie, Turquie, Russie et Amérique du Nord. C’est pour lui une découverte de la planète et surtout de ce que les gens de sa génération ont dans la tête quand on essaye de penser ensemble aux prochaines décennies.

L’un des grands souvenirs de cette époque, sera l’enchaînement en quelques semaines de trois congrès organisés en Thaïlande, au Pérou et aux Etats-Unis :

“un choc de cultures, de partenariats et d’idées propice à mieux comprendre les difficultés concrètes de cette globalisation en cours”.

En ce qui concerne les relations transatlantiques, en 1997, la Commission européenne lui demande de constituer l’équipe d’Européens qui participera à l’atelier « Nouvelles technologies » d’un grand congrès organisé à Washington et censé associer la société civile aux relations UE/USA. De cette rencontre née le projet TIESWEB qui deviendra la principale innovation dans ce domaine au cours de la décennie suivante. TIESWEB, ainsi que tous les conférences connexes, ont ainsi conduit Franck Biancheri à découvrir les deux-tiers des Etats du pays et à rencontrer un échantillon très large de la société américaine.

Cette expérience complète ainsi la connaissance recueillie lors de la visite d’un mois que lui avait offerte le gouvernement américain en 1991 dans le cadre de son programme « Young european Political Leaders ».

Pensant que le temps était venu de passer de la critique vaine car orientée vers des bureaucraties qui ne veulent pas changer, il créé le réseau Europe2020 , club de réflexion indépendant travaillant, avec de nombreuses associations et en partenariat avec les institutions communautaires et nationales (Commission, Conseil de l’UE, Ministères nationaux des affaires européennes et étrangères, pour l’essentiel) sur des thématiques clés de l’avenir de l’UE : gouvernance, démocratisation, place de l’UE dans le monde, réforme institutionnelle, élargissement.
Cette initiative développe ainsi une réflexion parallèle à celle des institutions, comme celle de la Task-Force « Gouvernance européenne » de la Commission avec laquelle Europe 2020 collaborera ponctuellement. Suite à la crise salutaire générée par la démission de la Commission Santer, tous les espoirs sont alors permis, mais le livre blanc de cette task-force est enterré par le secrétaire général de la Commission (qui, hasard bruxellois oblige, était l’ancien responsable du programme TEMPUS dont Franck Biancheri et son équipe avaient dénoncé la mauvaise gestion en 1991 … comme quoi l’incompétence rapporte dans les bureaucraties). Voyant toute chance de réforme de l’institution disparaître, et la plupart des jeunes eurocrates motivés et compétents commencer à quitter la Commission, Franck Biancheri décide qu’il n’y a plus de temps à perdre avec Bruxelles et il réoriente les séminaires d’anticipation en direction des fonctionnaires et diplomates des Ministères nationaux.

Rapports, notes de synthèse et recommandations opérationnelles en direction des institutions seront produits jusqu’en 2005. C’est dans ce cadre qu’en Octobre 2004 le gouvernement français sera alerté de la quasi certitude d’un échec du référendum sur la Constitution européenne en cas de non prise en compte de la légitime demande démocratique des populations ; et sans une modification radicale de la communication utilisée pour « vendre » la Constitution.

Pour Franck Biancheri l’Europe des petits enfants et des ballons qui volent était finie, venait l’heure de celle des citoyens qui veulent comprendre et contrôler.

Le débriefing du ministre des affaires étrangères n’ayant servi à rien, il décide qu’il est temps de passer à une nouvelle phase en anticipant l’échec à venir des référendums. Puisque les institutions et les partis nationaux sont incapables d’anticiper les évolutions européennes, de réformer et de démocratiser l’UE, il estime qu’il faut alors passer par l’action politique. C’est le retour aux sources d’IDE, et il propose en Janvier 2005 la création de Newropeans. Pendant six mois, il prépare son lancement qui se déroule comme prévu quelques jours après l’échec des référendums français et néerlandais.

Parallèlement, rompant avec près de vingt ans de coopération difficile mais constante avec tout ou partie du système communautaire, Franck Biancheri lance le Laboratoire européen d’Anticipation Politique qui s’oriente vers le grand public et qui se saisit d’un thème qu’il voit grandir depuis quelques années et dont il anticipe l’imminence : la crise systémique globale.

En Février 2006, Franck Biancheri signe le communiqué public qui annonce le déclenchement prochain de cette crise systémique globale. A sa grande surprise, il suscite un engouement planétaire sur l’Internet avec des millions de lecteurs ; tandis que la grande majorité des experts ricane en dénonçant le caractère farfelu d’une telle éventualité. Nous connaissons tous la suite car depuis lors le monde est emporté par cette crise.

Mais ce n’est pas tout, voici en vrac quelques unes des actions que Franck Biancheri a également menées au cours de ces 30 dernières années.

En 1996, à Marrakech, dans le cadre de Prometheus-Europe, il organise l’un des plus importants congrès sur l’avenir des relations euro-méditerrannées du point de vue des sociétés civiles.

En 1997, à Blair House, lors du Sommet euro-américain de Washington, il lance TIESWeb, le premier portail web transatlantique destiné au dialogue entre sociétés civiles européenne et américaine.

En Octobre 2000, pour marquer l’arrivée de nouvelles générations d’Européens nées après le Traité de Rome et contribuer à imaginer l’Europe de demain, Prometheus-Europe, en partenariat avec d’autres organisations dont AEGEE-Europe, tient à la Sorbonne le congrès “Newropeans 2000 – Nouvelle Europe, Nouveaux Défis, Nouvelles Générations” qui réunit près de 2.000 jeunes Européens ainsi que de nombreux chefs d’Etat, de gouvernement, ministres et commissaires européens. Ce congrès donnera son nom à une organisation citoyenne d’abord puis à ce qui devient le parti politique Newropeans en 2005.

En Juin 2002 et suite à ce congrès, il lance l’un des plus importants projets mondiaux de e-démocratie, EU Student Vote, qui permet l’élection par Internet du premier Conseil Etudiant de l’Union européenne. C’est grâce à ce projet que Franck Biancheri figure au nombre des 25 personnes/projets finalistes « qui changent le monde d’Internet et de la politique » (parmi 1.096 propositions désignant 292 personnes ou sites web de 30 pays différents) dans le cadre de l’élection organisée par Politics Online et le 5éme iDémocracie Mondial Forum!

En 2002-2003, Franck Biancheri consacre près d’une année complète à une série de 100 conférences citoyennes dans 25 pays européens, le Newropeans Democracy Marathon sur le thème « Quel avenir pour l’Europe ? ». Ces conférences, et les échanges avec des milliers d’européens de tous milieux et de tous âges auxquels elles donnèrent lieu, lui permettront d’élaborer le corpus de base de ce qui deviendra plus tard le programme politique de Newropeans, un programme fondé donc sur une consultation personnalisée de l’opinion publique européenne, plus tard validée par les membres de Newropeans.

En 2003, il est élu l’un des Héros européens de l’année 2003 par les lecteurs du TIME Magazine.

En 2005, dans le même esprit, il se lance dans un Transatlantic Citizen Marathon organisé par TIESWeb. Il se rend ainsi dans 10 états différents pour mener une série de conférences et de débats avec des Américains sur l’avenir des relations EU-US.

En 2006, Franck Biancheri lance le GlobalEurope Anticipation Bulletin dans le cadre du Laboratoire européen d’Anticipation Politique. Le numéro 2 de cette revue électronique mensuelle diffuse, en Février, une « Alerte Crise Systémique Globale » qui fera le tour du monde et consacrera la notoriété de cette nouvelle publication. Par la suite, il a coordonné chaque mois la rédaction du GEAB. Aujourd’hui encore la revue, sous la coordination de Marie-Hélène Caillol, présidente du LEAP et qui était sa compagne et collaboratrice, continue à analyser les tendances de la crise et à en anticiper les prochaines étapes.

En 2009, à la veille du G20 de Londres, Franck Biancheri décide avec LEAP d’investir dans une pleine page de l’édition internationale Financial Times pour tenter d’alerter sur l’urgence de repenser le système monétaire international et de le fonder sur un panier de monnaie et non plus sur le seul dollar US, cause du chaos financier, économique, social et politique mondial.

En 2010, la présidence espagnole de l’UE fait figurer Franck Biancheri au nombre des 20 personnes qui ont changé notre monde, pour son action décisive en faveur d’Erasmus.

En 2011 son livre “Crise mondiale : En route pour le monde d’après ” paru en octobre 2010 en cinq langues (français, anglais, allemand, espagnol et italien) aux éditions Anticipolis est sélectionné au Grand Prix du Livre Européen 2011 .

Franck Biancheri est l’auteur de très nombreux articles. Plus reconnu à l’étranger qu’en France, il intervient sur de nombreuses conférences partout dans le monde et accorde régulièrement des interviews pour des médias étrangers.

Il adresse en mai 2012 sa dernière grande recommandation aux générations montantes à Enschende, lors de la dernière AGORA de AEGGE EUROPE, dans le cadre de laquelle il appelle à la « refondation » (renaissance) du mouvement d’étudiants comme du projet démocratique trans-européen.

Il est également auteurs de deux autres ouvrages fondamentaux : “L’Emergence des Euro-Citoyens ” publié en 1995, qui décrit l’aventure de la création et les premières années de développement du premier grand réseau étudiant européen AEGEE-EUROPE; et Vision Europe 2020 Réinventer L’europe 2005-2020 – Le Premier Objet Politique Européen Élaboré Par Les Générations Nées Après Le Traité De Rome, qu’il signe en 2002 à la suite de son marathon européen, préfacé par Jean Guyot, premier directeur financier de la CECA et ancien collaborateur de Jean Monnet.

Franck Biancheri est décédé à 51 ans, le 30 octobre 2012 à Paris, des suites d’une longue maladie contre laquelle il a combattu avec autant de courage et d’opiniâtreté que ce qu’il a investi dans sa lutte contre la sclérose du monde politique en Europe. Une volonté qui le poussait à être optimiste dans la capacité des hommes à dépasser l’Histoire.

Son épitaphe :

« Le pessimisme de l’intelligence allié à l’optimisme de la volonté ».

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