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La Fed comme soutien aux objectifs de Trump – Communiqué GEAB122, Fev. 2018

La Fed comme soutien aux objectifs de Trump – Communiqué GEAB122, Fev. 2018

Début février, les Bourses américaines, et dans leur foulée l’ensemble des marchés financiers mondiaux, ont connu une violente correction. L’indice Dow Jones a effacé en deux jours ses gains du mois de janvier et s’est engagé dans une spirale baissière. Depuis, le monde financier est fébrile. Si cette correction a connu sa dynamique propre, notamment par l’effet des nouveaux produits dérivés de volatilité, son point de départ a été la publication, le 2 février, de l’évolution en janvier de la croissance des salaires horaires qui ont progressé de 2,9 % après 2,6 % en décembre[1]. Une accélération qui a fait craindre au marché un resserrement monétaire plus rapide qu’anticipé aux Etats-Unis et, partant, un ralentissement de la croissance économique. Comme, après neuf ans de hausse continue – une des plus longues de l’histoire de Wall Street – le marché américain commence à être survalorisé[2], toute révision à la baisse de la croissance se traduit immédiatement par des prises de bénéfice massives.

Après avoir longtemps désiré le retour de l’inflation, les marchés la craignent désormais. Ou plutôt ils craignent qu’elle n’entraîne un resserrement monétaire accéléré[3]. Cette correction est donc une mise en garde directe à l’encontre du nouveau président de la Réserve fédérale américaine, Jerome Powell qui, le 5 février, a remplacé Janet Yellen[4] : toute volonté d’accélération dans la normalisation des taux pourrait se traduire par un krach boursier. Le secteur financier reconnaît que son euphorie passée est dépendante de l’argent bon marché et le nouveau patron de la Fed est donc sommé de poursuivre la politique de Janet Yellen : avancer vers la normalisation à pas comptés.

Jerome Powell sous la pression des « faucons »

Que fera Jerome Powell ? D’emblée, il risque effectivement de se retrouver sous la pression des « faucons » de la Fed. Car, effectivement, un des arguments principaux de la prudence de Janet Yellen est sur le point de tomber. Le Fed dispose en effet d’un double mandat : assurer le plein emploi et stabiliser l’inflation aux alentours de 2 %. Le premier objectif semble être réalisé : le taux de chômage à 4,1 % est proche de ses plus bas historiques[5]. Mais ce plein-emploi ne se traduisait pas encore en termes de hausses des prix. Certes, l’inflation était remontée en décembre à 2,1 % en décembre. Mais l’inflation sous-jacente, celle qui ne prend pas en compte l’énergie et l’alimentation, demeure à 1,8 %. Et surtout, rien ne garantissait encore que la dynamique inflationniste était durable tant que ne s’était pas mis pas en place une dynamique prix-salaires. Or, les salaires restaient sur une hausse très modérée. En 2017, l’inflation avait ainsi brusquement ralenti, repassant entre mai et août sous les 2%[6].

C’est ce qui justifiait, aux yeux de Janet Yellen, sa prudence. En novembre, elle avait ainsi avoué sa « perplexité » sur l’absence de boucle prix-salaires[7]. Et lors de la dernière réunion du comité de politique monétaire qu’elle a présidée, le 31 janvier, elle est restée sur sa position d’une hausse modérée des taux et elle a été suivie par l’ensemble des membres[8]. Mais dès lors que se dessine enfin une dynamique des salaires et que le bas taux de chômage se traduit par des hausses de rémunérations, la Fed a toute les raisons de penser qu’une boucle prix-salaire est sur le point de devenir une réalité. Les « faucons » de la Fed commencent à plaider ouvertement pour une accélération du resserrement monétaire. Dès le 2 janvier, Neel Kashari, le président de la Réserve fédérale de Minneapolis, n’a pas hésité à prévenir que « si la croissance des salaires continuait, cela pourrait avoir un impact sur le rythme de la remontée des taux »[9]. Prévue en mars, la prochaine réunion du comité de politique monétaire de la Fed devrait être l’occasion d’une hausse des taux. ET cette première réunion présidée par Jerome Powell sera aussi l’occasion de déterminer s’il penche pour la continuité ou s’il se range du côté des faucons.

Le recul de l’indépendance de la Fed

Le nouveau président de la Fed pourrait cependant se déterminer moins sous la pression des marchés ou des faucons qu’en fonction du soutien qu’il entendra donner à la politique économique de Donald Trump. Jerome Powell est clairement « l’homme du président ». Celui qui n’est pas économiste de formation, mais juriste, n’avait en théorie que peu de chance d’occuper la présidence de la plus puissante banque centrale du monde[10]. Il est gouverneur de la Fed depuis 2012 seulement et sera le premier non-économiste président de la réserve fédérale depuis 1979. C’est dire si le choix de Donald Trump tranche. Et si le sentiment de reconnaissance de Jerome Powell sera fort[11]Lire la suite dans le GEAB 122

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