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L’empire s’installe: l’imposture démocratique – Extrait du livre « Europe: Communauté ou Empire? » de Franck Biancheri, 1992

L’empire s’installe: l’imposture démocratique – Extrait du livre « Europe: Communauté ou Empire? » de Franck Biancheri, 1992

Quelle est cette caricature de démocratie où l’on est censé n’avoir qu’un seul choix rationnel, moral, intelligent, responsable? L’autre choix étant celui des idiots, des méchants?

La critique fondamentale exprimée par Franck Biancheri en 1992, est restée lettre morte, au point que « l’imposture démocratique » et devenue véritable « trahison des élites » politiques et médiatiques… nous menant inéluctablement vers la gigantesque crise existentielle dans laquelle se débat depuis plus de 10 ans tout le projet d’intégration européenne. L’extrait ci-dessous introduit le Chapitre II de l’ouvrage « Europe: Communauté ou Empire? » (publié en édition inédite par les Editions Anticipolis -12/2017) dans lequel Franck Biancheri dénonce l’archaïsme et l’anti-démocratisme des élites européennes et des classes politiques nationales. Relire les anticipations de Franck Biancheri permet de comprendre les ressorts de l’échec et de bâtir la prochaine Europe sur une leçon mieux comprise. Les Européens doivent impérativement découvrir, le génie européen de Franck Biancheri, ce grand homme de l’Histoire du continent, pour nourrir la conscience Euro-citoyenne naissante.

Une Communauté sous monopole d’élites archaïques

Nous l’avons dit, le processus communautaire doit reposer sur deux principes fondamentaux : la démocratie et la préservation de la diversité.

L’actuelle inadaptation des procédures démocratiques de la Communauté et la faible crédibilité de ses procédures de préservation de la diversité constituent deux erreurs politiques majeures commises par les dirigeants communautaires. Ces erreurs sont grandement responsables de la vague de méfiance, voire de rejet, qui traverse les opinions publiques depuis quelques mois. Ces réactions ont des racines profondes et anciennes. La question de la ratification du traité de Maastricht en a été le catalyseur à travers toute la Communauté européenne. Si ces sentiments s’expriment plus ouvertement et bruyamment dans les pays où se tient un référendum sur Maastricht, ils existent avec autant de force dans la plupart des autres États-membres, comme le montrent nombre de sondages.

La responsabilité des dirigeants de la Communauté est totale. Leur refus de considérer les nécessaires implications des principes sur lesquels se fonde – et dont se réclame ouvertement – la Communauté, conduit aujourd’hui à cette dangereuse situation qui peut voir s’amorcer un divorce durable entre opinions publiques et classes dirigeantes sur la question communautaire.

Hélas, il n’existe toujours pas d’université, école ou institution de formation qui puisse former un homme politique européen, lui apprendre la diversité de la Communauté, la variété des Européens, les problématiques au cœur de chaque peuple, le fonctionnement réel des institutions communautaires, etc. L’homme politique n’a donc pas pu développer cette capacité à l’école !

Quant à son expérience, elle lui vient essentiellement de ses électeurs. Or, notre homme politique d’aujourd’hui, qu’il soit président ou député, n’est élu que dans son pays, par des gens de son pays, qui parlent sa langue, qui n’est pas celle des autres Européens. Il n’aura donc jamais l’occasion de développer une expérience européenne faute d’électeurs européens pour l’y encourager. Ce n’est pas non plus son parti qui lui apportera cette expérience ou cette formation. En effet, le militantisme politique est une bonne école d’apprentissage des réalités d’une collectivité. Mais, comme il n’existe aucun parti européen couvrant la Communauté de Copenhague à Séville, nos pauvres apprentis dirigeants de la Communauté doivent se contenter de sillonner sans cesse les routes de leur pays d’origine, ne découvrant les autres pays et peuples qu’en tant que touristes, à l’instar de tous leurs concitoyens (qui, eux, ne prétendent pas diriger la Communauté).

Les dirigeants communautaires ont conscience de ce risque de divorce. Tous, à droite comme à gauche, en France comme en Allemagne, à Bruxelles comme à Strasbourg, insistent auprès de leurs populations sur le risque terrible que comporterait un refus de ratification du traité de Maastricht. Mais cette menace reste inacceptable d’un point de vue démocratique. II est absolument scandaleux de voir ceux-là même, qui depuis 35 ans ont le monopole de la direction de la Communauté européenne, uniques architectes et rédacteurs du traité de Maastricht, soutenir aux opinions publiques : « Nous sommes de grands démocrates, nous consultons nos populations pour savoir si elles sont d’accord avec le traité, que ce soit directement (référendum) ou indirectement (parlement). Mais attention, vous ne pouvez pas le refuser, sinon ce sera la fin de la construction européenne ! ».

Quelle est cette caricature de démocratie où l’on est censé n’avoir qu’un seul choix rationnel, moral, intelligent, responsable? L’autre choix étant celui des idiots, des méchants? …

Lire la suite dans « Europe: Communauté ou Empire? » de Franck Biancheri, 1992.

Commander le livre ici: Editions Anticipolis (publication inédite, 12/2017)

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