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Les 10 leçons de l’élection de Donald Trump (Cyril Castro, 22 Nov. 2016)

Les 10 leçons de l’élection de Donald Trump (Cyril Castro, 22 Nov. 2016)

Cyril Castro est président de Europe Populaire, parti politique français, partenaire du réseau N-Platform dont le lancement avait été soutenu par l’Association des Amis de Franck Biancheri en 2014 pour aider les petits et moyens partis politiques en Europe à se rapprocher et à apporter une véritable dimension européenne aux débats dans le cadre des élections européennes. Il nous livre dans cet article l’analyse de son mouvement sur la victoire de Donald Trump aux élections américaines.

  1. Les scores étaient serrés état par état. Ce ne sont donc pas les sondages qui ont eu tout faux (nous sommes dans la marge d’erreur et Mme Clinton a obtenu finalement plus de voix que Trump sur l’ensemble du territoire), mais les sondeurs et soi-disant experts, qui n’ont pas su expliquer les affinages de leurs chiffres et mesurer l’aspiration aux changements, de ton, de discours, et d’alternance Républicains/Démocrates ;
  2. Même si certains comme moi avaient annoncé dans des genres différents, la victoire du NON au referendum de 2005, du FN aux européennes, de Natanyaou, du Brexit et de Trump, et que nos «élites» avaient espéré le contraire, leur faute, très grande faute, est de ne jamais prévoir de plan B, cédant au terrorisme de la pensée unique ;
  3. Donald n’est pas Ronald : Comparer Trump à Reagan est un non sens et un manque de culture crasse, partagée par beaucoup, car c’est oublier que Reagan était depuis 30 ans un expert politique, avait fait le tour des états républicains depuis les années 50, il avait même concouru 12 ans avant à la primaire républicaine, et surtout avait dirigé la grande Californie ! Reagan en 1980 dans un monde négativement stable et lisible était plus préparé que Trump en 2016, dans un monde extrêmement incertain et protéiforme ;
  4. Il faut être extrême dans ses propos, tenir des discours incohérents et véhéments pour se faire remarquer, tout promettre (voilà les faiblesses de mon parti Europe Populaire qui propose un programme ambitieux mais chiffré et cohérent, ce qui n’attire pas assez l’électeur), quitte à tenir une ligne différente, plus souple une fois élu. Et cela pose deux problèmes : d’abord le respect de la parole publique qui en se démentant de manière plus consensuelle fera des déçus en nombre ; ensuite le FN fait le contraire de TRUMP depuis deux ans. En effet il adoucit son discours, ce qui présage d’un programme plus dur et dangereux qu’annoncé ;
  5. L’envie de grandeur d’un Pays (America first, ou America great again) ne passe plus par le besoin de s’opposer ou de s’imposer mais aussi de se replier dans un protectionnisme qui ne protège rien à terme surtout quand sa dette est détenue par l’étranger ;
  6. L’Europe, qui n’a pas pris le virage du sursaut fort après le Brexit, aurait dû réagir et parler d’une seule voix pour proposer à la suite de l’élection de TRUMP. Nous avons deux mois d’ici le 20 janvier 2017 pour agir. Penser un plan B depuis des semaines comme Europe Populaire le réclamait, aurait facilité la tâche au lieu de faire l’autruche !
  7. La fracture Hommes/Femmes est faible, de même que les différences ethniques se sont réduites aux USA à propos du vote. Les femmes blanches ont voté plutôt TRUMP. Le plafond de verre sautera mais pour une candidate qui porte un projet de rupture pour le Pays en entier et non en se revendiquant seulement Femme. Cela arrivera un jour, et probablement du côté Républicain en premier, car cela voudra dire que certains préjugés seront tombés et cette candidate ne se référera pas à la détestée Hillary (qui a de toute façon déjà marqué l’histoire, comme l’a reconnu le président élu). La fracture actuelle, qui vaut pour les USA comme pour nous, se situe entre ceux qui profitent ou croient en la globalisation, et ceux qui se sentent relativement recalés, délaissés, déclassés, ou qui n’ont plus la force de croire en avenir dessiné pour eux mais pas par eux et pas tout de suite ;
  8. L’élection de TRUMP nous interroge, en tant que Français et Européens, car l’Amérique doit être notre alliée et nous partageons tant avec ce Pays, même si certains peuvent parfois le déplorer. En effet, il s’agit de savoir si on va faire du Protectionnisme politique, en se refermant, en élisant une diplomatie de crispation, de blocage voire de clash, ou bien une diplomatie plus subtile mais au final peut-être plus molle et plus floue ;
  9. L’Europe doit compter sur elle-même, croire en sa puissance, s’en donner les moyens, et être fière de ses valeurs, non pas en confrontation avec les USA mais en autonomie vis à vis de cet Ami. D’autant plus que, malgré la violence extrême des campagnes US, nous savons combien les Américains savent se rassembler et s’unir vers des objectifs nationaux et supra-nationaux. Il convient de ré-inventer le Monde ou d’inventer un Monde nouveau, y compris en étant intransigeant sur le respect des traités actuels qui lient les USA au reste de la Planète. Etre fort pour soi et par soi, est un devoir de l’Europe vis à vis des Citoyens d’ici et d’ailleurs, ce qui fera de nous un continent fier, écouté et respecté… Donc un allié plus sûr car plus exigeant, y compris pour les Etats-Unis eux-mêmes…
  10. Le Peuple a toujours raison… Aux Politiques de se montrer à la hauteur pour ne pas lui donner tort ou lui montrer la voie par la pédagogie d’adultes à adultes !!! En tout cas la Jeunesse américaine a gagné un Sage utopique et romantique qui a aussi marqué cette campagne : Bernie Sanders, qui reste le grand rendez-vous raté de cette Amérique qui en fait semble faire les « gros bras » parce qu’elle a peur du Monde…

Cyril Castro, 22 novembre 2016
Europe Populaire

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