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« Dans l’UE ce n’est plus la taille qui compte » – Franck Biancheri, 2003

« Dans l’UE ce n’est plus la taille qui compte » – Franck Biancheri, 2003

  Paris, 30/01/2003– Rapprochement franco-allemandes, Commission ou Conseil, Présidence tournante ou stable du Conseil, structure du Parlement européen, … la plupart des débats européens semblent être perçus à travers le prisme de la taille des Etats membres. Mais « petit ou grand? » la question est-elle encore pertinente aujourd’hui?

Chaque état est une minorité dans l’UE

L’UE d’aujourd’hui, et encore plus l’Europe de demain, est devenue une entité politique unique où les États sont toujours petits par rapport au reste de l’UE. Même les plus grands, Allemagne, France, Royaume-Uni ou Italie, ne représentent qu’une petite fraction de la population européenne. Demain, avec plus de 500 millions de citoyens européens, l’Allemagne ne représentera que 15% de la population de l’UE. En effet, tous les États membres sont devenus petits et ne diffèrent qu’en étant plus petits ou non que d’autres. Si nous sortons du cadre de l’UE et regardons la scène mondiale, c’est encore plus évident.

Penser «petit et plus petit» plutôt «grand et petit» change beaucoup de perspectives

Les politiciens, les diplomates, les intellectuels peuvent sérieusement voir leurs conceptions changer s’ils continuent à penser en termes de «grands et petits» pays plutôt que de «petits et plus petits États membres». Prenons les Français par exemple. Nous étions définitivement dans la catégorie des «grands» depuis des siècles (au niveau européen et mondial). Depuis, nous avons tendance à continuer à penser de la même manière tout en faisant de plus en plus souvent des erreurs dans nos stratégies internationales ou européennes parce que nous surestimons notre influence ou notre force. C’est dommage, car en effet nous avons gardé une influence significative. Mais cette influence serait beaucoup plus efficace si nous nous considérions aujourd’hui comme une minorité en Europe et une très petite minorité dans le monde. Étant français, je parle de mon pays; mais soyons clairs, tous les autres «grands» peuvent aussi comprendre le message.

Prenons la question du Conseil / Commission pour voir que la petite / grande fracture est totalement hors de propos

Le fossé d’aujourd’hui est censé se situer entre les petits pays désireux de renforcer la Commission tandis que les grands Etats voudraient renforcer le Conseil. Mais entre-temps, les petits États veulent garder un commissaire (ce qui crée un collège de commissaires totalement ingérable), alors que les grands pays se disputent la plupart du temps sur des questions majeures (voir encore une fois l’exemple de la question irakienne qui divise les couples Grande-Bretagne/Italie d’un côté, France/Allemagne de l’autre). Et ce n’est pas tout: le processus collégial à la Commission nécessiterait un consensus, alors que le conseil semble vouloir passer à un vote à la majorité qualifiée.

Non seulement cette division n’est pas pertinente, mais elle empêche de véritables débats

Les politiciens, les médias et les intellectuels aiment se concentrer sur ce débat entre «petits et grands». Concept facile, pensée facile, polémique facile. Problème: tout est faux et empêche les mêmes «leaders d’opinion» de discuter de vrais problèmes comme:

  • Comment la machine bureaucratique de l’UE sera-t-elle contrôlée démocratiquement quand plus de pouvoir lui sera transféré?
  • Comment l’Europe sera-t-elle perçue comme «efficace» au niveau des citoyens?
  • Comment allons-nous générer un processus politique et une structure responsables dans l’Europe de demain?
  • Comment serons-nous entendus dans le monde entier en tant qu’Européens?

Du point de vue des citoyens, la question de la taille est nulle. Les citoyens sont toujours le plus petit élément de n’importe quel système; ils ne se soucient donc pas beaucoup des questions de taille (pour les élites nationales au contraire c’est une partie de leur «travail» qui est en jeu). Ils se soucient des rendus non pas des divagations d’ego.

La taille traduit un concept « établi ». Et en établi, vous avez « état »

Les états sont statiques/établis. C’est de là que vient leur nom. L’UE est un processus continu qui ne peut être compris ou influencé à partir d’une position statique. La taille est certainement un argument pour l’appareil d’Etat et les élites, empêchant les gens de regarder ce qui rend leur nation forte: leurs gens, leurs compétences, leur histoire, leurs visions, ….

La taille n’est pas un argument. C’est juste une excuse pour éviter que des solutions innovantes soient trouvées. Sur le long terme, ce n’est pas la taille de l’Allemagne (qui n’existait même pas à l’époque) qui a fait de Beethoven un génie européen, ni la taille de l’Angleterre qui a créé l’ère élisabéthaine. Ce n’est pas non plus la taille qui a fait la différence lorsque les Européens se sont abstenus de laisser la Libye de Ghadafi devenir la présidente de la Commission des droits de l’homme de l’ONU. La honte serait « l’uniformisation ». Un bon leadership est ce que les Européens attendent. Pas un grand ou un petit leadership!

Quoiqu’il en soit, n’oublions pas que si tous nos Etats ont rejoint la construction de l’UE … c’est parce qu’ils se sentaient tous trop petits pour faire face seuls à leur avenir et au reste du monde.

Franck Biancheri, Paris, 30/01/2003 (traduit de l’anglais: « Size does not matter any more in the EU« )

©Franck Biancheri Documentation 2018


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