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Du « rêve américain » à l’ « espoir européen »

Du « rêve américain » à l’ « espoir européen »

J’ai passé la semaine écoulée à débattre de l’avenir de l’Union européenne et des relations transatlantiques avec près d’un millier de citoyens américains en Floride, en Géorgie, dans l’Indiana et finalement dans le Wisconsin.

L’exercice est nouveau, mais il a attiré un public motivé, très divers (étudiants, retraités,républicains, démocrates, militaires, professeurs, responsables d’entreprises, … ) et, chose nouvelle aux Etats-Unis, assoiffé de comprendre mieux ce qui se passe au sein de l’ « autre pilier » de l’Alliance atlantique. La crise transatlantique à propos de l’Irak, la montée de l’Euro par rapport au Dollar, … tout cela conduit visiblement un nombre croissant de citoyen américain à s’intéresser à la construction européenne, qu’ils y voient le risque d’émergence d’un compétiteur ou bien au contraire le développement d’un facteur d’équilibre.

Et, dans chaque salle, il y avait bien entendu toujours une personne au moins qui me posait très vite la question sur le projet de Constitution européenne et la probabilité croissante d’une victoire du Non le 29 Mai prochain.

Alors pas d’échappatoire, si ma vision, plutôt positive, des vingt prochaines années de construction européenne, devait convaincre, elle devait montrer que cette évolution positive est en fait indépendante du processus de ratification constitutionnelle. Sinon, ce serait reconnaître (ce que je ne crois pas) que l’avenir de notre continent est lié au succès ou à l’échec d’un seul texte.

Donc, face à un public non Européen, il n’est pas possible, et surtout crédible, de tenir les discours catastrophistes de certains tenants du Oui ou du Non : « si le Non l’emporte, ce sera la fin de la dynamique européenne pour de nombreuses années », « si le Oui l’emporte, les Européens seront prisonniers d’un enfer ultra-libéral » ?

Pour avoir dû affronter le problème tout-au-long de la semaine dernière, ma réponse est simple et claire : ces discours catastrophistes sont totalement irresponsables et mensongers. Ils nient la capacité des citoyens à choisir intelligemment de leurs choix d’avenir, ils nient leur aptitude à transformer ces choix demain s’ils le jugent utile, et ils nient la nature dynamique du projet communautaire, dont les moteurs sont nombreux. Il n’y a pas que les élites qui « font » l’Histoire ; et il n’ y a pas de « piège éternel » pour des peuples éduqués et responsables.

Tenir ce genre de discours devant un auditoire non-Européen consisterait à exprimer un mépris sans fond pour les peuples que l’on serait censé vouloir « guider », « sauver » ; et ferait paraître le projet européen in fine comme une construction artificielle, infiniment fragile et donc condamnée à disparaître un jour ou l’autre. Ce qui est à l’opposé de tout ce que j’ai appris depuis vingt ans que j’essaye de contribuer activement à ce vaste projet politique qu’est notre unification continentale.

Parallèlement, il est tout aussi impossible de débattre de l’avenir de l’Europe avec des publics non-Européens sans devoir très vite aborder la question des finalités, de la direction que les Européens vont prendre vis-à-vis des affaires globales. Il faut donc présenter une vision d’avenir crédible et montrer comment elle sera servie par des moyens ad hoc. En résumé, il faut fournir à ces audiences la même chose que ni les leaders du Non, ni les leaders du Oui ne sont capables de proposer à nos citoyens européens : que va-t-on faire dans les décennies à venir? Dans quelle direction, et avec quels moyens, va-t-on conduire notre ensemble européen?

Après les Etats-Unis, je vais, maintenant, avec beaucoup d’autres d’Europe 2020 et de Newropeans, essayer de présenter cette vision d’avenir en France courant Mai, à l’occasion d’une vingtaine de conférences avec les citoyens. On apprend toujours énormément des discussions avec les gens. J’en apprendrai certainement beaucoup dans les semaines à venir.

Ainsi les débats avec les citoyens américains m’ont permis de préciser une caractéristique du projet politique européen, abusivement comparé ces derniers temps au projet américain (cf. le livre de Jeremy Rifkind, « Le rêve européen »): le projet européen n’est pas un rêve, mais un espoir. Il est ancré dans le rationnel, ce qui n’est pas le cas du rêve. Nous Européens avons trop vu nos rêves finir en cauchemars pour ne pas nous en méfier. En revanche, nous espérons que nous pourrons surmonter les difficultés de notre avenir commun, sans nous faire d’illusions sur la difficulté de la tâche.

J’attends maintenant avec impatience de découvrir ce que va m’apprendre cette vingtaine de débats avec les Français*.

Franck Biancheri, 25/04/2005

*En 2005, Franck Biancheri a conduit une vingtaine de conférences-débats sur la Constitution européenne qui était soumise à référendum en France. Cette série intitulée « Oui-Mais » (« Oui à la Constitution… Mais avec la Démocratie en plus ») proposait des débats contradictoires sur la Constitution européenne, véritables podiums de discussions entre les partisans politiques du Oui et ceux du Non à la Constitution, autour de l’intervention d’intervenants européens.

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