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Franck Biancheri: Le représentant de l’UE à Washington doit être un homme politique et non un bureaucrate (2004)

Franck Biancheri: Le représentant de l’UE à Washington doit être un homme politique et non un bureaucrate (2004)

Non seulement un homme politique européen en tant qu’ambassadeur de l’UE à Washington montrera aux responsables, aux médias et aux experts américains que l’UE n’est pas seulement une machine bureaucratique, mais qu’elle sera également en mesure d’atteindre des segments plus larges de la population américaine pour transmettre les opinions, analyses et visions européennes.

Washington rétablit le statut de la mission de l’UE aux Etats-Unis (Washington restores status of EU mission to US), écrit aujourd’hui Deutsche Welle (04/03/2019), et ce, alors que David O’Sullivan, dont le statut diplomatique semble avoir été dégradé à la fin de l’année dernière, s’en va et que l’UE le remplace par Stavros Lambrinidis, ancien ministre grec des Affaires étrangères (voir : « Ambassador at center of US confusion set to leave Washington« , Politico, 09/01/2019). Franck Biancheri a écrit en 2004 le texte que nous publions ci-dessous pour soutenir la nomination d’un « visage politique européen humain » comme ambassadeur de la délégation de l’UE aux États-Unis : « Le représentant de l’UE à Washington doit être un homme politique et non un bureaucrate« . A l’époque, David O’Sullivan, secrétaire général de la Commission européenne, lorgnait déjà sur le poste d’ambassadeur, mais l’UE a désigné John Bruton, ancien Premier ministre irlandais (2004-2009), un homme politique. Après sa mission, l’UE a envoyé deux fonctionnaires européens, des purs produits bruxellois, João Vale de Almeida (2010-2014) et…. David O’Sullivan (2014-2019). Le nouvel ambassadeur qui le remplace, Stavros Lambrinidis, est un homme politique à visage humain, et non un pur eurocrate, ce qui semble même plaire davantage à la gouvernance américaine

∴ Le représentant de l’UE à Washington doit être un homme politique et non un bureaucrate

 

12 May 2004 – Tout le monde est conscient, tant dans l’Union européenne qu’aux États-Unis, que les relations transatlantiques sont confrontées à des défis sans précédent depuis 1945.

L’invasion de l’Irak a créé un fossé profond et grandissant entre les opinions publiques européennes (même lorsque les gouvernements ont décidé de soutenir Washington) et la politique américaine actuelle.

Pour être exact, elle a joué un rôle de catalyseur en accélérant le divorce entre les citoyens européens et la politique de Washington, un divorce qui avait commencé des années auparavant du fait des oppositions sur Kyoto, la Cour pénale internationale, Guantanamo, etc… Quoi qu’il en soit, nous nous trouvons aujourd’hui face à une crise entre l’UE et les États-Unis.

Des opportunités uniques

Au cours des derniers mois, j’ai eu deux occasions uniques d’évaluer l’ampleur du problème et d’écouter des propositions convergentes afin d’éviter un nouveau virage dans la mauvaise direction.

Tout d’abord, en janvier 2004, à La Haye, j’ai eu l’occasion d’animer le tout premier séminaire de brainstorming de haut niveau réunissant des diplomates de l’UE à 25 sur les futures relations UE/États-Unis. Puis, il y a 10 jours, j’ai eu le privilège de présider et de participer activement à la deuxième semaine transatlantique organisée par TIESWeb à Miami.

Dans les deux cas, un message clair est apparu : Les Européens n’en font pas assez pour communiquer aux Américains ce que l’Union européenne est en train de devenir et ils ne le font pas efficacement.

Un projet historique majeur

La plupart des citoyens américains (et une partie importante de l’élite américaine, y compris les spécialistes de l’UE) ont tendance à considérer l’UE comme une simple machine bureaucratique, gérée depuis Bruxelles et uniquement concernée par les réglementations commerciales.

Ils ignorent largement que l’UE s’engage aujourd’hui dans un projet historique majeur pour générer et gérer une démocratie à l’échelle du continent, rassemblant près de 500 millions de citoyens d’environ 30 nationalités, langues et cultures différentes : un projet qui place l’UE à l’avant-garde de la nouvelle frontière démocratique en termes de taille, diversité et complexité.

En attendant, les citoyens américains (et une partie très importante de leurs élites) ne comprennent pas que de plus en plus les institutions de l’UE ne deviennent plus qu’une petite partie de l’ensemble du processus décisionnel européen – les entreprises, les ONG, les universités et les médias affectent de plus en plus ce que l’UE est, et sera.

Politicien ou eurocrate ?

Lors du séminaire GlobalEurope sur les futures relations UE/États-Unis, qui s’est tenu à La Haye, ainsi qu’à Miami avec des dirigeants communautaires de toute l’UE et des États-Unis, un diagnostic clair a été posé : cette situation est due tout d’abord à l’incapacité des Européens à expliquer les changements rapides qui se sont produits dans l’UE ces 5 à 10 dernières années.

Parmi les nombreux autres éléments discutés à ces deux occasions, un autre point a été soulevé – le fait qu’aux États-Unis, l’Union européenne devrait être représenté par un homme politique plutôt qu’un nième eurocrate pour être sa voix et son visage dans les médias, les talk-shows et les conférences.

Non seulement un homme politique européen en tant qu’ambassadeur de l’UE à Washington montrera aux responsables, aux médias et aux experts américains que l’UE n’est pas seulement une machine bureaucratique, mais qu’elle sera également en mesure d’atteindre des segments plus larges de la population américaine pour transmettre les opinions, analyses et visions européennes. Ce dernier élément sera crucial dans les années à venir si nous voulons vraiment éviter que les deux opinions publiques ne s’éloignent l’une de l’autre.

Deux candidats

Bien sûr, une politique plus proactive de l’Union européenne en tant que telle est nécessaire pour atteindre l’opinion publique américaine, mais là encore, leur efficacité dépendra de la capacité de l’ambassadeur de l’UE à Washington à atteindre la société civile et à être un interlocuteur attrayant pour les groupes de la société civile européenne désireux d’engager un dialogue avec leurs homologues américains également.

Comme cela a été mentionné dans EUobserver il y a quelques mois, à la lumière d’articles parus dans les médias irlandais, il semble que nous ayons une occasion unique à saisir au cours des prochains mois.

Un nouvel ambassadeur de l’UE aux États-Unis doit être nommé, car l’actuel ambassadeur arrive à l’âge de la retraite. Deux candidats irlandais ont l’air de s’intéresser à ce poste. Très bien en effet, parce que, pour toucher le public américain, nous avons besoin de natifs anglophones ! Et la force de l’Europe, c’est d’avoir des natifs dans tant de langues différentes.

C’est également très intéressant parce que leurs profils illustrent deux types d’hommes totalement opposés et incarnent deux types totalement différents de visages que l’UE peut présenter aux États-Unis.

Le premier « candidat » (bien qu’il n’y ait jamais de candidature officielle à ce poste) est John Bruton, ancien Premier ministre irlandais – un homme politique très respecté et talentueux, qui a récemment pris une part active dans l’élaboration de la future Constitution européenne. Il a été membre du Présidium de la Convention qui a préparé la Constitution et a également joué un rôle clé dans le développement de l’euro lorsqu’il était président en exercice de l’UE en 1996.

L’autre est David O’Sullivan, actuel Secrétaire général de la Commission européenne, eurocrate de carrière (25 ans au sein de la Commission européenne), totalement inconnu des Européens et qui est le premier bureaucrate de la Commission européenne depuis 2000 (CV en ligne non disponible sur Europa, le bureau de l’UE).

Relations entre l’UE et les États-Unis

Devinez lequel, parmi les deux, est le mieux à même de toucher le public américain, de donner une image vivante et attrayante de l’UE aux États-Unis et de montrer que les bureaucrates ne sont plus les seuls à représenter le système politique européen ?

Mais bien sûr, le processus de décision de nommer un diplomate à Washington est (comme tout le reste au sein de l’administration de l’UE) un processus très obscur. Même si certains bureaucrates de Washington peuvent préférer un « gentil » bureaucrate , je suis certain que les citoyens américains préféreraient de loin voir un visage politique européen humain.

En raison des crises très graves qui affectent les relations transatlantiques et dans l’intérêt des relations futures entre Américains et Européens, espérons que l’UE investira dans le facteur humain.

Quoiqu’il en soit les eurocrates seront toujours les n° 2, 3, 4….. au sein du corps diplomatique européen!

Franck Biancheri, 12 Mai 2004 (original anglais – traduction AAFB)

Article publié sur euobserver.comFranck Biancheri – Directeur Etudes et Stratégie de Europe 2020 et Président du réseau transatlantique TIESweb

Plus d’articles de Franck Biancheri: Franck Biancheri Documentation

 

 

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