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Ni accroissement, ni réduction: vers un autre budget communautaire. Franck Biancheri (2004)

Ni accroissement, ni réduction: vers un autre budget communautaire. Franck Biancheri (2004)

Allemands, Français, Néerlandais ou Britanniques ne doivent pas croire que leurs entreprises pourront continuer à « acheter » l’économie des autres sans contrepartie collective…

04/03/2004 – Il y aurait les Etats-Membres qui reçoivent et ceux qui donnent. Les flux budgétaires européens paraissent si simples à analyser pour déterminer bénéficiaires et contributeurs! Pourtant, ces flux budgétaires sont un leurre. Les économies des pays contributeurs sont en effet pour l’essentiel celles qui bénéficient le plus de l’Union européenne car leurs entreprises en sont devenues les principaux opérateurs. S’il y a bien des transferts budgétaires importants de l’Allemagne, la France ou les Pays-Bas vers le Portugal, l’Espagne ou demain la Pologne ou la Hongrie, c’est aussi que les entreprises du premier groupe de pays ont pris le contrôle de pans entiers de l’économie des seconds. Chaque chose a un prix : Allemands, Français, Néerlandais ou Britanniques ne doivent pas croire que leurs entreprises pourront continuer à « acheter » l’économie des autres sans contrepartie collective. En toute logique d’ailleurs, il est totalement aberrant que des Etats contributeurs nets continuent à percevoir des fonds régionaux pour leurs régions les plus pauvres. Ces transferts sont inutiles, dispendieux et renforcent la bureaucratie communautaire. A chaque Etat « riche » de combler les lacunes de son développement régional.

Parallèlement les pays bénéficiaires de ces dernières années (Espagne, Portugal, Irlande, Grèce) et surtout les régions les moins riches des Etats-Membres contributeurs doivent évoluer et progressivement devenir moins dépendants des fonds structurels communautaires. En-dehors des « réseaux trans-européens » approuvés au niveau communautaire, il devrait être désormais interdit à un Etat-membre situé au-dessus de la moyenne communautaire de percevoir des fonds européens pour financer routes, autoroutes, aéroports, … et autres infrastructures.

En revanche, il est urgent de transférer des ressources vers d’autres postes que les politiques régionales ou agricoles: espace, défense, éducation, recherche, nouvelles technologies … et social font partie des nouvelles priorités.

Il est donc absurde et passablement démagogique de prôner une réduction du budget de l’Union à un moment où l’on accueille 10 nouveaux Etats-Membres particulièrement pauvres; et où l’on chante sur tous les toits vouloir investir dans la compétitivité européenne.

Cependant, il est tout aussi irréaliste de promouvoir une augmentation de ce même budget alors qu’il existe en son sein d’immenses réserves à exploiter: les transferts entre politiques anciennes et politiques nouvelles bien entendu; et aussi le potentiel gigantesque que représente la forte réduction des gaspillages et autres fraudes au sein du budget de l’UE.

Ayant eu l’occasion de travailler à deux reprises avec la Cour des Comptes européenne dans les années 90, et de coordonner en 1997 la vaste enquête réalisée par Arthur-Andersen sur l’évaluation des évaluations des programmes communautaires (toutes les politiques internes : éducation, formation, recherche, coopération, environnement, …), j’ai des notions assez précises sur le sujet. Les politiques internes de l’UE sont inefficaces au minimum à 50% (je veux dire par là qu’on pourrait faire au moins deux fois plus avec le même budget ; ou la même chose avec deux fois moins d’argent).

Quelques exemples : le PCRD n’a rien produit de significatif en près de 20 ans. Il finance essentiellement des projets qui n’intéressent pas les grandes entreprises mais amusent leurs chercheurs ; tout en restant inaccessible aux PME … et aux jeunes chercheurs (une enquête sur l’âge moyen des chercheurs financés par le PCRD serait éclairante). Socrates et autres Erasmus, Youth ou Leonardo sont désormais des programmes obsolètes qui dupliquent indéfiniment des idées bonnes … pour la fin des années 80: ils ne forment ni des eurocitoyens en quantité suffisante, ni les futurs euroleaders dont nos administrations, nos entreprises, nos universités, nos médias, nos ONG ont besoin. Les programmes de coopération EuroMed ou avec l’Asie ou l’Amérique latine sont trustés par des opérateurs récurrents et ne servent qu’à entretenir des réseaux de « copinage ». Et on pourrait continuer ainsi très longtemps pour décrire l’immense inefficacité des près de 20 milliards d’Euro annuels investis dans ces politiques internes.

Alors, de grâce, que la Commission ait un peu de pudeur avant de réclamer un budget en hausse, car l’équipe actuelle comme le secrétaire général nommé soi-disant pour régler ces problèmes, n’ont absolument obtenu aucune amélioration en 5 ans: inefficacité et gaspillage ont même progressé.

Et vous, chers Etats contributeurs, si vous êtes réellement préoccupés par les deniers de vos contribuables, alors, occupez vous sérieusement de réformer le mode de gestion des politiques internes (au lieu de vous précipiter sur votre « retour » dans ces mêmes programmes).

Quant à certains pays bénéficiaires, comme l’Italie et l’Espagne, qui veulent « le beurre et l’argent du beurre »: choisissez ce que vous vous voulez être, un membre « aidé » de l’UE ou un membre qui « aide ». Il n’y a pas de juste milieu.

Pour finir, juste trois mentions pour les petits arrangements entre amis franco-germano-britanniques: fini la PAC sur mesure pour l’électorat agricole français, fini le rabais britannique pour satisfaire l’euroscepticisme local, et fini les discours budgétaires démago-germaniques. Tous les trois vous avez voulu à la fois l’élargissement et l’intégration européenne, l’Euro et la compétitivité. Alors assumez !

Franck Biancheri, 04/03/2004: Ni accroissement, ni réduction: vers un autre budget communautaire ©FB Doc

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