Home / La Tribune / « Mon erreur de jeunesse à moi, c’est d’avoir été européiste »: Elisabeth Lévy est-elle bien certaine de ne jamais le redevenir ? (Marie-Hélène Caillol)

« Mon erreur de jeunesse à moi, c’est d’avoir été européiste »: Elisabeth Lévy est-elle bien certaine de ne jamais le redevenir ? (Marie-Hélène Caillol)

Pas de doute, pour intéresser la presse unanimement « people », inutile d’avoir des idées, une bonne dose de « name-dropping » suffira. Les médias français n’ont en effet jamais autant parlé de Franck Biancheri que depuis qu’une Ministre française devenue tête de liste LREM aux Européennes se révèle issue de sa mouvance :

Après Ouest France, le Huff, L’Internaute et le Parisien, c’est maintenant au tour du très à droite journal Valeurs Actuelles d’attaquer le passé « européiste » de Nathalie Loiseau… habilement associé à un passé antérieur d’ « extrème-droite » contribuant à créer la confusion entre deux moments bien distincts de la vie politique de Mme Loiseau.

On a bien compris que ces articles n’ont d’autre objectif que de discréditer Mme Loiseau. Et il est assez révélateur de ces temps intellectuellement troublés que l’ « européisme » d’une candidate aux « Européennes » soit discréditant !

Mais ce qui a attiré notre attention cette fois, c’est que l’auteur de l’article soit tombé sur un nouvel os à ronger : Elisabeth Lévy (pour les non-français, il s’agit d’une chroniqueuse intello-provo chouchoute du monde politico-médiatique parisien) était aussi sur cette liste IDE aux Européennes de 1989, créée et emmenée par Franck Biancheri ! Mieux encore : elle, elle le regrette ! Et elle utilise ce mot si délicieusement méprisant : « Mon erreur de jeunesse à moi, c’est d’avoir été EUROPEISTE ».

A y regarder de plus près, c’est toute sa jeunesse qu’Elisabeth Lévy doit regretter : de gauche et pro-européenne dans les années Mitterrand, elle est maintenant de droite et euro-sceptique… S’il n’y a que les idiots qui ne changent pas d’avis, E. Lévy doit être très intelligente… A moins que notre chroniqueuse ne soit tout simplement une parfaite girouette politique sous ses dehors provocateurs.

Mais surtout, si Mme Lévy s’y était sincèrement intéressée à l’époque, elle aurait su que le projet biancherien n’avait rien d’ « européiste » ; que l’ « européisme » est une mouvance intellectuelle des années 20 destiné à éviter à l’Europe de retomber dans les errements de la 1ère guerre mondiale ; que cette mouvance a en partie abouti aux errances de la 2ème guerre mondiale dans le cadre d’une fascination pour la dimension européenne des Hitler-Franco-Mussolini-et-Co des années 30 ; que Franck Biancheri honnissait tout ce qui était idéologique comme l’ « européisme », le « nazisme », le « communisme » et les « Etats-Unis d’Europe » ; qu’il s’est battu pendant 25 ans pour éviter l’Europe idéologique ou Europe-empire ou Europe des « petits-fils de Hitler-Franco-Mussolini-et-Co » comme il l’appelait ; que pour nous éviter l’ « Européisme », il prônait l’Europe démocratique, ancrée dans les projets et la volonté des Européens et non dans ceux, irréconciliables, des Etats-Membres ou ceux, illégitimes, de la technocratie « bruxelloise » ou encore ceux, inacceptables, des lobbies ; que c’est par principe de réalité et non par idéologie qu’il a oeuvré à créer une capacité d’action politique au niveau décisionnel le plus important qu’était « de fait » déjà devenu le niveau européen ; que c’est pour cela qu’il avait lancé AEGEE, puis le premier parti politique trans-européen de l’Histoire et que, sans défaillir, contre vents et marées, il a poursuivi cette idée… jusqu’au bout !

Mme Lévy n’a pas de raison de rougir de ce passage par l’expérience politique la plus innovante de ces 30 dernières années : Biancheri était tout sauf « européiste » !

Mme Lévy, en revanche, ferait bien de se méfier d’elle-même ! De l’idéologie, il y en avait dans son « engagement européen » dans les années 80… c’est elle qui le dit. De l’idéologie, il y en a toujours dans son « euro-scepticisme » actuel : qu’est-ce donc en effet d’autre que ce « souverainisme » désormais fièrement arboré ?

Franck Biancheri prédisait l’arrivée du « national-européisme » ou de l’ « euro-souverainisme » si l’Europe démocratique échouait. Telles que les prochaines Européennes se profilent, Mme Lévy s’approche du moment où elle pourra reconnecter sa jeunesse européiste avec sa maturité souverainiste pour applaudir à deux mains l’« Europe souverainiste » nouvellement née.

Si, Mme Lévy, vous êtes toujours Européiste et vous n’allez pas tarder à vous en apercevoir !

Marie-Hélène Caillol

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