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Partis européens: les ombres chinoises de la démocratie européenne

Partis européens: les ombres chinoises de la démocratie européenne

Franck Biancheri, 08/02/2004 

La crise du PPE (Parti Populaire Européen), que le Fidesz (parti de droite conservatrice hongrois de Viktor Orban), dont il est membre, menace de quitter (cf l’article sur EUobserver: Orban to EPP: turn ‘Christian democratic’ or face challenge) -et met donc en péril la possibilité pour le PPE de remporter une majorité forte par rapport à un nouveau groupe parlementaire qui pourrait se créer à l’issue des élections 2019 avec l’arrivée massive des forces populistes et souverainistes- soulève à nouveau la question de la légitimité de ces prétendus « partis » politiques « européens« . En effet, ces groupes ne sont que l’agrégat d’une multitude de partis nationaux, et n’ont d' »européen » que le nom parce que leurs élus siègent au Parlement « européen« . Nul programme commun, nul « Spitzenkandidat », nulle campagne commune pour les élections européennes, Franck Biancheri les désignait sous le terme de « ombres chinoises de la démocratie européenne« … Un article à redécouvrir ci-dessous:

Franck Biancheri, 08/02/2004– Le Parlement européen est un immense théâtre …. d’ombres chinoises appelées « partis politiques européens ». Ils s’appellent PSE, PPE, Verts-ALE, EDD, ELDR, GUE ou ENN. Leurs sigles sont inconnus des électeurs européens qui seraient bien incapables de les positionner sur l’échiquier politique ; et encore moins de dire quels sont leurs programmes.

Ces partis possèdent une caractéristique exceptionnelle en démocratie : ils existent tout le temps sauf quand ils doivent se présenter devant leurs électeurs. Ils font penser à ces ombres chinoises où l’on croit voir un magnifique oiseau alors que ce n’est que l’ombre de deux mains jointes.

Les élections européennes sont dans 4 mois. Les « partis européens » tiennent congrès. Quelques médias en rendent compte pour constater d’ailleurs qu’il ne s’y passe pas grand chose à part de fortes déclarations solennelles. On y apprend généralement qu’ils demandent plus d’Europe et plus de pouvoir pour le Parlement européen (sauf les eurosceptiques qui demandent bien plus de pouvoir pour le Parlement européen ; mais pas plus d’Europe) : quel scoop !

Pour le reste, ils se chamaillent essentiellement sur la question de la répartition des postes à venir, tant au sein du futur parlement que dans les autres institutions. Ces débats font d’ailleurs vibrer les commentateurs du petit monde enchanté de Bruxelles et Strasbourg ; alors qu’en réalité bien malin qui fera la différence entre un Parlement européen plus à gauche ou plus à droite. Il n’est qu’une chambre d’enregistrement des décisions prises par l’administration de la Commission ou celle du Conseil ; et nos amis les députés européens sont là pour faire croire que le « peuple européen » à travers ses « légitimes représentants » y impose sa volonté.

Mais n’oublions pas, tout est dans l’apparence au théâtre d’ombres chinoises. Alors nos partis européens, qui au passage devrait à l’avenir bénéficier d’importants financements européens de par leur simple existence au Parlement européen (une multitude de colloques européens en perspective), s’agitent beaucoup dans les couloirs de Bruxelles et Strasbourg ; mais hélas on ne les voit jamais en campagne dans les rues de nos cités.

Car après l’adoption (qui plus est souvent douloureuse) de « programmes européens » pour les futures élections européennes , et la promesse que cette fois-ci, juré, ils iront tous ensemble devant le électeurs, ne voilà-t-il pas qu’ils se dispersent, se diluent et in fine n’affichent que des slogans, des programmes et des enjeux purement nationaux ? Les électeurs de chacun de nos 25 Etats-Membres qui en Juin participeront aux élections européennes (le pluriel dis tout) verront donc 25 campagnes différentes, aux thèmes sans rapports les uns avec les autres.

C’est que nos bons « partis européens » ne peuvent pas cacher durablement la réalité : ils ne sont pas de beaux oiseaux ; ils ne sont que l’ombre d’une manipulation : cette manipulation qui consiste à essayer de faire croire à 450 millions d’Européens qu’on peut représenter les citoyens européens par des assemblages de partis politiques nationaux balkanisant la démocratie commune.

Pour l’instant tous les acteurs (sauf les citoyens et le projet européen) y trouvent leur compte : la Commission et le Conseil ont leur cache-sexe démocratique ; et les partis politiques nationaux contrôlent le Parlement européen pour empêcher que des concurrents politiques nouveaux puissent y apparaître. Ils y trouvent aussi un refuge pour « has been » de la politique nationale et une « cage dorée » pour Européen convaincu (ainsi qu’une source de financements).

Mais attention aux prochaines élections et aux années qui suivront. Pour qu’il y ait théâtre d’ombre, il faut deux autres choses qui ne sont plus assurées : la lumière et le public. Le public déserte de plus en plus les élections européennes car le spectacle est vraiment indigent ; et la bougie qui éclaire la manipulation à contre-jour pourrait bien mettre le feu au théâtre avec la montée des forces populistes.

Mais pour l’instant tout va très bien. Le Parlement s’amuse à préparer les prochaines élections. Ne le dérangeons pas encore!

Franck Biancheri, 08/02/2004

Téléchargez le pdf: « Partis européens : les ombres chinoises de la démocratie européenne » (FB, 08/02/2004) ©FB-Documentation 2018 – Association des Amis de Franck Biancheri

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