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Politique internationale européenne: Il est temps que l’UE devienne l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant

Politique internationale européenne: Il est temps que l’UE devienne l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant

« Il est temps pour l’UE d’être un projet de pouvoir » … écrit aujourd’hui le Irish Times 08/10/2019, « L’ordre mondial émergent sera de plus en plus façonné par la force, plutôt que par la loi » … C’est si loin des idées que défendaient Franck Biancheri et Newropeans il y a des années. Il est temps, pour le bien de l’Europe et du monde, en ce nouveau siècle qui a maintenant 20 ans, d’avoir une approche complètement nouvelle de la politique internationale de l’UE : « Devenir l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant » parce que c’est « l’inhibition de la puissance, en particulier celle des « grands Etats membres », qui a progressivement permis de faire avancer le projet communautaire ». Il faut relire Franck Biancheri, relire le programme des Newropeans pour les élections 2009 ! Non, ce n’est ni trop tard, ni dépassé ! Ils offrent souffle, espoir et visions dans un monde qui semble s’écrouler sous les armes et les guerres : [Newropeans] Grands axes du programme de Newropeans en matière de politique internationale de l’Union européenne (UE) : Devenir l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant (en date du 01/06/2007).

[Newropeans] Grands axes du programme de Newropeans en matière de politique internationale de l’Union européenne (UE) : Devenir l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant.

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Quand, avec Newropeans, les citoyens européens définissent le rôle de l’UE dans le monde pour les deux décennies à venir. Après six mois de très riches débats, les membres de Newropeans ont défini et approuvé le texte suivant qui définit les grands axes de la politique internationale de l’Union européenne que Newropeans présentera aux électeurs lors des élections européennes de Juin 2009. Les orientations présentées ici constituent donc le fondement de toutes les décisions et votes que prendront les élus de Newropeans au Parlement européen. Avec ce document programmatique, Newropeans s’impose comme la première force politique de l’UE à avoir défini démocratiquement une vision concrète de la future politique internationale européenne; et à avoir soumis cette même vision à l’ensemble des citoyens européens de 27 Etats membres. Bien entendu, comme l’ensemble du projet politique Newropeans, cette vision d’avenir est conçue pour au plus 20 ans car dans un monde aussi complexe et changeant, il nous paraît illusoire de prétendre discerner les tendances et élaborer les politiques au-delà d’une génération. Nous constatons qu’un nombre croissant de citoyens européens souhaitent que l’UE définisse clairement son rôle dans le monde. Pourtant, les dirigeants politiques de l’UE et les partis politiques nationaux s’avèrent incapables de leur apporter une réponse claire à ce sujet. Dès lors, Newropeans démontre par l’exemple que c’est uniquement en engageant un large débat démocratique à l’échelle de toute l’Union qu’il est possible de déterminer le futur rôle de l’Europe dans le monde. Dans les mois à venir, le groupe de travail « Politique Internationale » de Newropeans continuera à affiner le programme, en soumettant régulièrement de nouvelles propositions spécifiques au vote des membres de Newropeans.

Les propositions qui suivent ont été adoptées le 22/05/2007 par les membres de Newropeans après plusieurs semaines de débats et un e-vote trans-européen (sur intranet).

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I – Les cinq fondements de la politique internationale de l’UE :

1. Politique internationale de l’UE – une ambition novatrice essentielle : Devenir l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant.

Le succès du projet de l’Europe communautaire qui a été lancé après la Seconde Guerre Mondiale réside notamment dans le choix historiquement novateur des « Pères fondateurs » : il s’agissait d’« inhiber la puissance » qui avait entraîné deux fois de suite les Européens sur la voie des guerres suicidaires, et de refonder l’ordre international européen selon une logique de dialogue, de compromis, de droit et de mise en commun des richesses et des problèmes.

C’est l’inhibition de la puissance, en particulier celle des « grands Etats membres », qui a progressivement permis de faire avancer le projet communautaire.

Newropeans estime qu’une ambition de même nature, conçue comme un partage d’expérience avec le reste du monde, doit animer l’action internationale de l’UE dans les décennies à venir. Il faut « devenir l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être leplus puissant » : il s’agit d’inhiber notre propre puissance sur la scène internationale pour légitimer notre pouvoir d’influence sur le cours des événements et entraîner nos partenaires dans des directions communes.

Cette ambition n’est ni une utopie politique, en tout cas pas plus que ne l’était l’utopie du marché commun, il y a 50 ans, ni un a priori théorique ; Chacun peut constater combien  l’usage de la puissance est une option dangereuse et imprévisible dans le monde chaque jour plus complexe du XXIe siècle. Ce monde globalisé, interconnecté, densément peuplé, soumis à des dangers réels croissants (risques climatiques, risques sanitaires, etc.) ne pourra pas être géré comme le monde des siècles précédents sous peine de faire payer aux générations futures un prix terrible. Au contraire, Newropeans estime qu’il faut avoir l’audace d’innover en matière de relations internationales et construire une nouvelle gouvernance globale et proposer aux Européens d’en être les instigateurs : la seule force historique est celle de l’exemple. Cela vaut aussi en matière de relations internationales, comme l’exemple de la création de l’Union européenne a commencé à le montrer sur plusieurs autres continents. 

Newropeans qualifie cette politique d’« internationale » et non pas d’« extérieure » car dans un monde globalisé du XXIe siècle, le concept d’ « extérieur » est dépassé : il induit en erreur citoyens et décideurs en leur faisant croire qu’il est possible de penser au reste du monde sans constamment se référer à ce qui se passe à l’ « intérieur » des pays membres de l’UE elle-même. L’UE est une entité politique de 500 millions de citoyens constituée de peuples qui parlent plus de 23 langues différentes et qui appartiennent à des ensembles culturels ou religieux présents sur l’ensemble des continents de la planète. L’UE représente le premier pôle économique et commercial de la planète. Dans ces conditions, plus rien ne peut lui être « extérieur ». En revanche, la nécessité d’agir à l’échelle internationale est bien réelle, en interaction avec les autres régions et états du monde, directement ou via des institutions et des projets multilatéraux.

2. Des valeurs communes aux Européens au service de la construction d’un monde meilleur :

Puisque l’Union européenne est ancrée « dans le monde », il est normal que ses citoyens souhaitent que l’UE agisse dans ce monde qui nous est commun, à nous Européens et aux autres habitants de la planète, au service d’un monde meilleur. Il s’agit de promouvoir les objectifs et valeurs qui sont au coeur du projet communautaire lui-même et de l’action de Newropeans dans l’Union européenne: paix, liberté, solidarité, prospérité partagée, développement durable, ordre international fondé sur le droit, droits de l’Homme, et démocratisation des institutions.

3. Une politique internationale de l’UE contrôlée démocratiquement : Newropeans estime nécessaire, pour qu’elle puisse être légitime et efficace, de fonder les grandes orientations de la politique internationale de l’UE sur des procédures démocratiques, à savoir :

  • rendre transparent le mode de décision des grandes orientations de politique internationale de l’UE, y compris en matière commerciale, et en particulier ses positions communes au sein des grandes institutions multilatérales (ONU, OMC, FMI, Banque Mondiale, …)

  • obtenir un débat annuel au Parlement européen (PE) sur les grandes orientations de la politique extérieure de l’UE pour l’année à venir, suivi d’un vote à majorité qualifiée. Ces orientations devraient être présentées, dans un premier temps, par l’actuel Haut Représentant de l’UE pour la politique extérieure et de sécurité commune (PESC), puis par le Ministre des Relations Internationales au sein du Gouvernement européen.

  • exiger un vote positif du Parlement européen pour tout engagement de troupes européennes. Cette mesure ne pourra être mise en oeuvre qu’une fois adoptée la politique de défense de l’UE qui clarifiera les dispositifs militaires communs. Newropeans entame au 2e trimestre 2007 son débat sur cette question. Dans l’attente, Newropeans préconise de soumettre au vote du Conseil européen à la majorité simple tout engagement de troupes européennes dans un cadre multinational (UE ou OTAN).

  • exiger un référendum trans-européen à double majorité (majorité des Européens et majorité des Etats-Membres) pour tout futur élargissement.

Ces procédures visent à assurer que les citoyens européens déterminent bien, directement ou indirectement, ces grandes orientations de politique internationale, et non des intérêts nationaux de court terme, des lobbies privés ou des influences extra-européennes, tous contradictoires avec l’objectif de démocratisation au coeur du projet politique de Newropeans.

4. L’affirmation efficace des intérêts communs Européens : Dans la plupart des domaines (principes, commerce, développement, monnaie, sécurité, défense), de manière croissante, l’UE est désormais une entité unique dont les intérêts sont communs à l’ensemble de ses membres.

L’intérêt collectif des 500 millions de citoyens que l’UE rassemble est de s’assurer que les objectifs de la politique internationale de l’UE sont bien définis et mis en oeuvre collectivement afin de bénéficier pleinement du poids représenté par l’UE. Un tel contrôle citoyen est possible grâce notamment à des débats et des votes annuels sur la politique internationale de l’UE, et à des élections européennes mettant en lice des visions alternatives claires du rôle de l’UE dans le monde.

La promotion de l’intérêt commun européen commande à chaque Etat membre de jouer le jeu collectif dans différents domaines-clé (principes de droit international, commerce, développement, monnaie, sécurité, défense). Là encore, au-delà des processus institutionnels, c’est par des votes nationaux et européens que les citoyens pourront le mieux s’assurer que les dirigeants politiques ne privilégient pas des intérêts national de court terme, ou ne se soumettent pas à des intérêts extra-européens.

5. Une politique internationale de l’UE définie dans le respect des intérêts vitauxnationaux:

L’intérêt collectif de l’UE doit savoir intégrer et respecter les intérêts vitaux de chaque Etat-membre. C’est le coeur même de l’équilibre unité/diversité qui est l’essence du processus d’intégration européenne.
L’absence actuelle de vision commune de long terme a d’ailleurs renforcé chez de nombreux citoyens européens la crainte d’une dilution de leurs intérêts vitaux nationaux au sein d’une UE incapable de leur substituer des intérêts communs crédibles. Newropeans croit donc qu’il faut redonner confiance aux citoyens dans la capacité de l’UE à promouvoir les intérêts communs des Européens tout en préservant les intérêts vitaux de chaque Etat membre, avant de pouvoir mettre en oeuvre une politique internationale vraiment commune, uniquement fondée sur des majorités alifiées.

Le défi de l’UE en matière de politique internationale pour la décennie à venir (2009-2019) est donc d’identifier précisément les intérêts vitaux de chaque Etat membre et de leur donner un droit de veto pour des décisions de politique internationale. Au-delà de 2019, ou peut-être avant avec la confiance renouvelée des citoyens européens, Newropeans préconise le passage de la règle du veto à celle de la majorité qualifiée pour les grandes orientations de la politique internationale.

Les intérêts des Européens dans le monde convergent de façon croissante, ce qui limite de facto les thèmes de désaccords majeurs. Dès lors, afin d’éviter un blocage décisionnel qui serait néfaste à tous les Européens (notamment si un gouvernement décide pour des motifs électoralistes de jouer la carte nationaliste pure), chaque Etat-membre devra définir et déclarer d’ici 2019 au maximum deux intérêts vitaux. Ces intérêts vitaux devront être validés par un vote du Parlement national pour être reconnus comme tels par l’UE. Hors intérêts vitaux nationaux identifiés préalablement, les décisions en matière de politique internationale commune seront prises selon une règle de double majorité simple (majorité du Parlement européen et majorité des Etats-Membres).

Pour conclure, Newropeans propose de renforcer la démocratisation de l’UE par la mise en oeuvre de ces procédures, qui donnent systématiquement aux citoyens la maîtrise des grandes orientations de la politique internationale de l’UE, y compris au niveau national. 

II. Objectifs de la politique internationale de l’UE

1. Protéger des intérêts vitaux communs : Développement de partenariats stratégiques – USA / Russie / Turquie / Japon / Chine / Inde.

Dans les décennies à venir, quelques Etats du monde (USA/Russie/Turquie/Japon/Chine/Inde) exerceront une influence particulièrement importante sur des facteurs essentiels affectant directement l’UE. Avec ces Etats, l’UE a intérêt à construire des « partenariats stratégiques » de manière intégrée et non sous forme de multiples accords bilatéraux entre chaque Etat-Membre et l’Etat partenaire. Les partenariats stratégiques sont des instruments nouveaux, qui combinent des coopérations dans de multiples secteurs ou sur de nombreux enjeux : sécurité, ressources humaines, énergie, technologie, commerce notamment. Les autres aspects (culturels, juridiques, etc…) restent du domaine de la politique bilatérale pour chaque Etat-membre.

Pour les Etats-Unis et la Turquie, ces « partenariats stratégiques » pourront imposer une redéfinition fondamentale du type de relations élaborées, il y a plusieurs décennies. Ainsi, l’UE doit lancer une redéfinition de l’Alliance Atlantique fondée sur deux piliers (Américain et Européen) et transformer toutes les structures de l’Alliance sur ce format. La participation directe des Etats-membres de l’UE au processus de décision de l’Alliance sera rendue caduque du fait d’une représentation européenne unique.

A l’image des avions, les partenariats stratégiques de l’UE doivent être constitués d’un cockpit, d’une carlingue, de moteurs et d’ailes, à savoir :

  • le cockpit : un pilotage politique qui implique à la fois, d’une part l’exécutif et le Parlement européens, d’autre part les responsables politiques du pays partenaire ;

  • la carlingue : une infrastructure, qui est composée des acteurs publics et institutionnels nationaux et communautaires, notamment dans la sphère diplomatique ;

  • les moteurs : une dynamique centrale, qui est alimentée par les échanges et coopérations économiques, financiers, militaires et scientifiques ;

  • les ailes : une composante durable qui est constituée de politiques d’échanges universitaires à moyen et long terme, sous forme de partenariats entre ONG et collectivités locales. Cette composante doit être en mesure de surmonter les éventuels « trous d’air » politiques du partenariat.

Pour ce qui est de la Turquie, l’impasse politique et démocratique du processus d’accession à l’UE impose d’anticiper rapidement une forme alternative de partenariat qui reconnaisse l’importance de la Turquie pour l’UE. L’UE doit donc élaborer avec la Turquie un partenariat stratégique sur le modèle de ce que l’UE va faire avec la Russie, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et l’Inde. Cela constituera un message fort dans cette direction.

L’évolution de ces partenariats stratégiques devra être l’un des grands chapitres du débat et du vote annuel de politique internationale au Parlement européen. Pour les autres Etats concernés, le processus doit être lancé au plus vite, sur le modèle de ce qui est en train d’émerger au sujet de la Russie. Newropeans élaborera d’ici à 2008 un contenu détaillé pour proposer à chaque partenaire l’élaboration de tels partenariats stratégiques.

2. Assurer le partage de la prospérité européenne avec ses voisins directs : Mise en oeuvre d’une politique de voisinage privilégié (Belarus-Ukraine-Caucase-Proche Orient – Afrique du Nord).

L’Union européenne peut concrètement illustrer sa capacité à développer une politique internationale novatrice – d’influence sans recours à la puissance – avec ses voisins immédiats, hormis la Russie et la Turquie qui doivent devenir des partenaires stratégiques.

Car il s’agit en la matière pour l’UE de fonder des relations égalitaires entre Etats de taille et de puissance très différentes. C’est avant tout dans les relations avec son voisinage direct que l’UE doit pouvoir démontrer qu’elle est bien une entité politique nouvelle, qui ne vise pas à annexer ou contrôler son environnement, mais plutôt à partager avec ses voisins les bénéfices de la prospérité, de la démocratie et de la paix. C’est aussi en mettant en oeuvre une telle politique que l’UE brisera le cercle vicieux d’un impossible élargissement sans fin.

L’UE en tant qu’entité politique ne peut pas prétendre incarner l’identité européenne. Afin d’établir cette politique européenne de voisinage, l’UE doit donc s’appuyer sur Conseil de l’Europe qui est une institution plus large et qui est le seul vrai dépositaire de l’identité européenne et de ses valeurs.
Cette politique de voisinage ne peut réussir que si l’UE met en place des coopérations positives avec ses voisins dans les domaines économiques, sociaux, commerciaux, stratégiques et politiques. Parallèlement, l’UE doit renforcer le Conseil de l’Europe en le dotant de moyens financiers importants pour l’ouvrir potentiellement à tous ses pays voisins et développer son action dans les domaines éducatifs, juridiques et politiques. C’est notamment via le Conseil de l’Europe, espace ouvert de coopération que la promotion des droits de l’Homme et de la démocratie pourront le plus efficacement s’étendre autour de l’UE.

Parallèlement, en matière économique et commerciale, l’UE doit associer activement ces pays au Marché Unique européen et à la zone Euro, dont ils dépendent de facto de manière croissante. Mais, ce processus doit être parallèle à celui qui permet à ces pays de se rapprocher du Conseil de l’Europe et de ses standards démocratiques et juridiques.

3. Organiser les fondements d’une gouvernance globale durable pour le XXIe siècle: Elaboration de partenariats structurants (Afrique-UA, Amérique latine-Mercosur, Asie- Asean).

Au delà de son voisinage immédiat, l’UE doit contribuer activement au succès des tentatives d’intégration régionale qui se développent sur plusieurs continents comme l’Afrique (Union africaine), l’Amérique latine (Mercosur) et l’Asie (Asean).

L’Union européenne est la forme d’intégration régionale la plus ancienne et la plus avancée à ce jour. À ce titre, l’UE a un devoir moral d’assistance technique et politique aux efforts d’intégration d’autres régions du monde pour leur permettre de dépasser les clivages nationaux et d’acquérir une plus grande prospérité interne et une plus grande influence externe. C’est aussi l’intérêt politique direct de l’UE de voir se développer d’autres entités partageant comme elle la double contrainte d’unité et de diversité. C’est l’un des grands enjeux globaux du XXIe siècle.

Enfin, l’Union européenne doit contribuer à lutter contre la fragmentation de la base du système des Nations Unies et asseoir une nouvelle légitimité de l’action internationale, en facilitant l’émergence d’une nouvelle base composée de grandes régions et de continents intégrés.

Ce processus de régionalisation caractérise le XXIe siècle. L’intégration du monde arabe dans ce processus en constitue un défi majeur. L’UE doit être prête à contribuer activement à relever ce défi car elle est la seule aujourd’hui qui peut apporter un soutien moral, politique et technique au rêve d’unité arabe. Or ce rêve d’unité arabe a été interrompu dans les années 50 au moment même où les Européens se lançaient dans leur propre aventure communautaire. Le rêve d’unité arabe est pourtant le seul à pouvoir s’opposer efficacement au rêve d’unité musulmane qui est revendiqué par les extrémistes de cette région du monde.

Cette question, unité arabe ou unité musulmane, sera au coeur de la prochaine décennie des relations internationales; et elle a un impact direct dans l’UE elle-même. Les Européens doivent donc en faire l’une de leur priorité et proposer aux Arabes de les aider à relancer le rêve commun arabe, en plaçant à l ‘évidence ce parrainage dans une logique de démocratie et de paix. Il s’agit d’une tâche de longue haleine, mais pas plus ambitieuse que celle qu’ont relevé les Américains après 1945 pour essayer de régler une foi pour toute la question des guerres intra-européennes qui ont empoisonné la première moitié du XX° siècle. C’est en reconnaissant la complexité d’une tâche et sa difficulté, et en acceptant d’en relever le défi, qu’un projet politique donne la mesure de sa valeur, et se renforce. Il s’agit là d’une ambition à la mesure du projet politique communautaire et de ses 500 millions de citoyens. 

4. Réorganiser les institutions internationales (ONU, OMC, …) / Renforcer l’efficacité de la lutte multilatérale contre les menaces transnationales : Amélioration des modes de décision et d’action transnationaux (lutte contre crime organisé, pauvreté, épidémies, pollution, ..)

La gouvernance globale du XXIe siècle doit à tout prix éviter un retour à la « loi de la jungle internationale ». Les Européens doivent contribuer de manière décisive à fonder le droit international sur une société globale en mesure de le faire respecter. L’Union européenne doit contribuer à réorganiser le système des Nations Unies dont la base se fragmente toujours plus avec quatre fois plus d’Etats membres en 50 ans. L’UE doit elle-même doit viser à parler d’une seule voix, et donner l’exemple d’une régionalisation des acteurs fondamentaux de l’ONU. C’est uniquement en rapprochant progressivement la taille des acteurs politiques à la base du fonctionnement de l’ONU que le système global pourra peu à peu s’orienter en direction d’un fonctionnement plus démocratique.

Les Etats-Membres de l’UE prennent de plus en plus conscience du manque d’efficacité des institutions internationales face aux grands défis planétaires. L’UE doit donc contribuer à améliorer la transparence, la qualité et la légitimité des décisions prises dans le cadre multilatéral, tout en renforçant l’efficacité des politiques mises en oeuvre.

Newropeans pense que l’une des premières étapes est pour de regrouper la trentaine d’agences du système de Bretton Woods (ONU, FMI, Banque mondiale, UNICEF, PNUD, OMC, FAO, etc…) en une dizaine d’organisations. Ce petit nombre d’organisations internationales devrait être soumis au contrôle direct d’un Conseil Opérationnel, composé d’une vingtaine de membres (les membres permanents du Conseil de sécurité élargi pare exemple). En outre, l’UE devrait remplacer progressivement sa présence nationale dans les organismes financiers et économiques internationaux par une représentation de l’Eurogroupe qui d’ici à 2014 regroupera presque tous les Etats-Membres de l’UE.

Dans le cas du Conseil de Sécurité, Newropeans préconise une évolution en deux temps qui reflète le processus complexe de fusion des intérêts communs et nationaux au sein de l’UE : de 2009 à 2019, les deux Etats-Membres qui possédent actuellement un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU doivent s’entendre pour y faire entrer un troisième membre européen : l’Allemagne. De même, chaque continent devrait être représenté par deux à quatre membres permanents (selon la taille de sa population).

Parallèlement, au sein de l’UE, la mise en oeuvre de la politique internationale commune conduit tout naturellement les décisions des membres européens permanents du Conseil de Sécurité à être préalablement discutées au sein des instances communes européennes (Exécutif et Parlement européen). L’objectif est de définir si possible une position commune que chacun des membres européens (permanents ou pas) pourra défendre. A partir de 2019, le Gouvernement européen préconisé par Newropeans et le Parlement européen devraient déterminer les positions des membres européens au Conseil de sécurité (permanents ou non), que les Européens n’aient qu’un seul siège permanent à l’ONU ou trois.

L’UE doit aussi affirmer clairement que la lutte contre le terrorisme n’est pas une priorité planétaire. Non seulement la lutte contre le terrorisme est inefficace faute d’en traiter les causes, dont la pauvreté, mais elle est contre-productive car elle renforce méfiance, peur et haine sur toute la planète. Les ressources humaines et financières croissantes qui lui sont allouées seraient mieux employées à la lutte contre le crime organisé, la pauvreté, les épidémies, la pollution, la lutte contre les mines anti-personnelles, etc… Sur ces différentes politiques, Newropeans développera d’ici fin 2008 toute une série de propositions concrètes.

III. Instruments de la politique internationale de l’UE

1. Des ressources diplomatiques mises en commun :

Pour Newropeans, il est évident que la mise en commun d’une partie des ressources diplomatiques de nos Etats-Membres est une nécessité.

D’une part, les ressources budgétaires de nos pays, même les plus riches, ne parviennent plus à financer l’ensemble de leur système diplomatique et imposent des économies d’échelle;
– D’autre part, la mise en oeuvre d’une politique internationale commune de l’UE impose la mise en place de ressources humaines et d’outils communs.

Ainsi, pour Newropeans, il est temps de limiter les services diplomatiques intracommunautaires aux seuls institutions à vocation culturelle, scientifique ou consulaire. Le temps des ambassades entre Etats-membres est terminé et Newropeans agira en ce sens dans les années à venir. Dans la même logique, il est important de retirer l’essentiel de la politique communautaire aux ministères des affaires étrangères des Etats membres pour la confier à une administration ad hoc rattachée au chef de gouvernement. Cela permettra aux diplomates de se concentrer sur la politique internationale de l’UE comme de leur pays, au lieu de continuer à traiter les affaires européennes comme des affaires étrangères.

Ainsi, la suppression des 26 ambassades intra-communautaires de chacun des 27 Etats-Membres (702 ambassades au total), permettra de dégager des moyens humains et financiers importants pour financer une diplomatie commune active et ambitieuse.

Newropeans propose d’affecter la moitié des économies ainsi réalisées au financement du corps diplomatique communautaire et de ses instruments.

Selon Newropeans, ces instruments essentiels sont:

  • la création d’un statut de diplomate européen à durée limitée (10 ans maximum), qui imposerait la maîtrise d’au moins trois langues de l’UE et d’une langue non communautaire.
    La durée limitée de la fonction induira une plus grande rotation des personnels et des échanges constants avec les diplomates nationaux et les autres secteurs d’activités de la société européenne.

  • la création d’un puissant réseau de formation d’écoles diplomatiques, qui permettrait aux futurs diplomates communautaires d’effectuer leur formation dans trois pays de l’UE différents et deux pays non communautaires.

  • le soutien communautaire au développement de « maisons européennes » qui rassembleraient soit des ambassades, soit des services consulaires, dans les pays tiers. Ces « maisons européennes » pourraient ne regrouper que certains pays, par affinités régionales ou linguistiques (scandinaves, latins, slaves, …) ou par affinités politiques. C’est déjà le cas dans certains pays tiers avec des regroupements scandinaves, franco-allemands ou francobritanniques.

2. Un renforcement du rôle des réseaux européens non institutionnels :

Pour Newropeans, s’il y a bien des acteurs qui illustrent parfaitement l’ambition de « devenir l’acteur mondial le plus influent tout en refusant d’essayer à être le plus puissant », ce sont les réseaux européens non institutionnels, composés d’associations, d’universités, de collectivités locales, de centres de recherche, de médias, etc.

Les réseaux européens non institutionnels ont déjà construit un maillage extrêmement dense de la planète grâce à leurs actions multiformes. Ils sont des vecteurs naturels et spontanés du message général que l’UE veut véhiculer dans sa politique internationale. Ils ont cette force du concret et de l’exemple, car ce sont des gens qui sont là où vivent ceux avec qui nous devons bâtir des relations internationales durables.

Cependant, Newropeans a conscience que ces réseaux non institutionnels sont d’autant plus actifs et utiles qu’ils sont réellement non institutionnels, et qu’ils restent l’expression de la société européenne dans toute sa diversité. Ils ne doivent donc pas devenir des « auxiliaires » de la diplomatie ou des institutions.

C’est en ce sens que Newropeans propose trois mesures essentielles très concrètes pour soutenir et développer la dynamique de ces réseaux non institutionnels tout en équilibrant de manière positive les relations entre bailleurs de fonds et opérateurs non institutionnels:

  • accroître les budgets communautaires et nationaux affectés à ces actions. Une partie des économies résultant de la suppression des ambassades intra-UE pourra utilement y être consacrée.

  • consulter via Internet chaque année l’ensemble des partenaires non institutionnels financés par les programmes communautaires à l’international, dans le cadre d’une évaluation de ces mêmes programmes. Les résultats de ces évaluations annuelles seront directement transmises à la fois à l’exécutif communautaire et au Parlement européen, de manière indépendante du contrôle des institutions responsables de la gestion de ces programmes.

  • développer au sein du corps diplomatique européen et des services diplomatiques nationaux des équipes communes chargées dévaluer la qualité des actions menées par ces acteurs non institutionnels.

3. Une défense commune indépendante :

Outre la défense directe de l’UE et la sécurité de ses  citoyens, la défense commune européenne doit être au service de l’action des Nations Unies pour renforcer la paix, la stabilité et l’application du droit international. La position de Newropeans en matière de politique de défense européenne fera l’objet d’un débat spécifique une fois adoptée la proposition concernant la politique internationale commune.

Newropeans, 01-06-2007

Télécharger le pdf: [Newropeans] Grands axes du programme de Newropeans en matière de politique internationale de l’Union européenne (UE) : Devenir l’acteur mondial le plus influent tout en renonçant à être le plus puissant (01/06/2007) © Franck Biancheri Documentation & Association des Amis de Franck Biancheri (AAFB)

Aujourd’hui le mouvement politique “Newropeans” tel qu’il avait été créé par Franck Biancheri en 2000 n’existe plus. Les archives peuvent être consultées dans le cadre du Franck Biancheri Documentation Centre géré par l’AAFB, Association des Amis de Franck Biancheri, créée en 2012 par les héritiers directs de Franck Biancheri à la suite de son décès (oct. 2012). Seules l’AAFB et la FJME (Fondation Jean Monnet pour l’Europe) à Lausanne sont habilitées à conserver et exploiter les archives de Franck Biancheri.

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