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UE : en avant toute vers la pagaille – Franck Biancheri, 2007

UE : en avant toute vers la pagaille – Franck Biancheri, 2007

C’est la rentrée! Alors, question incontournable : cette rentrée européenne, à quoi va-t-elle ressembler? Un petit édito de Franck Biancheri du 04/09/2007. Cherchez et trouvez les ressemblances et différences avec ce que Franck décrivait voici 12 ans de cela!

 

Pour faire concis : elle va ressembler à une belle pagaille, grâce à ce mélange d’importance historique du projet communautaire et d’incompétence croissante de ses dirigeants, qui fait tout le charme de la politique européenne depuis une quinzaine d’années.

Côté problèmes et défis, nous allons être bien servis:

Sur le plan international :

  • Crise financière mondiale en plein développement, qui va affecter directement et fortement les performances économiques de l’UE;
  • Rôle rapidement croissant de la Russie et de la Chine sur nombre de dossiers-clés de l’UE;
  • Effondrement socio-économique aux Etats-Unis sur fond d’enlisement militaire en Irak et d’incertitudes politiques aggravées à Washington;
  • Risques de conflit Israélo/Américano/Iranien, sur fond d’embrasement chiite/sunnite au Moyen-Orient;
  • Enlisement de toutes les grandes négociations internationales, tant sur l’environnement que sur le commerce international.

Sur le plan interne européen:

  • Un projet de mini traité qui ne règle rien et qui commence à s’enliser dans les soubresauts de politique intérieure de plusieurs Etats-membres;
  • Une banque centrale qui ne sait plus où elle va face à la crise financière mondiale tout en réclamant de rester « intouchable » par rapport aux futurs traités communautaires*;
  • Une Europe du Sud qui brûle … et une UE qui depuis des décennies s’avère toujours incapable de la moindre action commune;
  • Des Balkans qui ont besoin d’une perspective commune d’intégration à l’UE … et une UE qui se divise sur le sujet, sans autres idées que de suivre Washington en la matière;
  • La poursuite de politiques communes (OGM, privatisations forcées, Turquie, Afghanistan, …) qui sont en complète contradiction avec les attentes d’une large majorité des Européens;
  • Des classes politiques nationales sur la défensive face à la montée croissante d’extrémismes et/ou de nationalismes variés, allant des indépendantismes écossais ou flamands, aux scores électoraux inquiétants des extrémistes (quand leurs idées ne parviennent pas directement au pouvoir sous des formes déguisées).

Côté leadership et solutions, c’est en revanche plutôt la pénurie:

  • La Commission a déjà depuis longtemps quitté le devant de la scène politique européenne, et ça n’est pas le nouveau scandale politico-financier qui affecte son actuel président, Jose-Manuel Barroso, qui va la remettre en selle;
  • Le Parlement européen, faute de légitimité politique trans-européenne et de relations fortes avec les citoyens de l’UE, reste toujours aux abonnés absents des grandes questions. D’ailleurs, après ces quelques semaines de vacances, j’ai même oublié le nom du dernier illustre inconnu qui le préside actuellement;
  • Le Conseil européen rassemble des politiciens nationaux qui n’ont aucun projet commun et qui passent leur temps, à l’image du président français, à essayer de se voler la vedette d’un sommet ou d’une crise à l’autre;
  • Zapatero ne s’intéresse qu’à l’Espagne qu’il tente idéologiquement de transformer en méga-Amsterdam en termes de moeurs et de modes de vie. Brown essaye de ne pas ressembler totalement à Tony Blair. Prodi fait on ne sait trop quoi. Les dirigeants polonais (jumeaux ou pas) se prennent pour un état américain géré uniquement par un Patriot Act local. La Belgique n’a plus de dirigeants. Les dirigeants néerlandais sont aux abonnés absents. Le Français, Nicolas Sarkozy, n’aura pas fait long feu en ayant déjà réussi le prodige de se faire détester dans la plupart des capitales européennes (en particulier Berlin) pour son obsession par l’image et son désintérêt pour le fond; pour le reste, il est la créature des oligarques français qui l’ont mis au pouvoir. Reste Angela Merkel … c’est dire!

En fait la principale, et peut-être la seule bonne nouvelle de cette rentrée européenne, c’est que les tarifs de « roaming » des téléphones mobiles vont baisser ce mois-ci un peu partout dans l’UE. Pour les prochaines vacances de dizaines de millions d’Européens c’est une très bonne chose. Et pour les citoyens actifs à l’échelle trans-européenne, comme les Newropeans et bien d’autres militants associatifs, c’est un coup de pouce crucial au développement de leurs activités citoyennes à travers toute l’Union puisque leur activité trans-européenne restait fortement handicapée par le coût des télécommunications mobiles trans-frontalières. Pour Newropeans par exemple, cela va ainsi représenter une baisse de 30% de nos coûts de fonctionnement. Et il en sera de même pour des centaines d’ONG présentes dans plusieurs Etats membres.

Je n’hésite donc pas à écrire à ce propos, et c’est assez rare pour être souligné : « Bravo la Commission européenne! ».

Franck Biancheri (Paris, 04/09/2007)

* A ce propos, autant je trouve les accusations de Nicolas Sarkozy et des politiques français sur la responsabilité de l’Euro (et de la BCE) des piètres performances commerciales françaises totalement infondées, autant je trouve les déclarations de Jean-Claude Trichet considérant que la BCE n’est pas une institution communautaire et à ce titre ne peut pas être concernée par les traités communautaires à venir totalement surréaliste. S’il voulait dire par là que seuls les Etats membres de la zone Euro pourraient modifier la structure et le fonctionnement de la BCE, cela pourrait se défendre. Mais si, comme je le pense, il veut signifier que la BCE serait intouchable par les politiques y compris via les traités européens, alors là c’est absolument inacceptable. Une telle idée ne peut germer que dans un univers totalement étranger à la démocratie où une élite autoproclamée se place hors du champ du politique et des citoyens, tout en décidant de mesures qui affectent fortement ces mêmes citoyens. Newropeans ne se bat pas pour faire supprimer les immunités à vie des fonctionnaires communautaires pour pouvoir tolérer une BCE qui serait hors de portée des 500 millions d’Européens!

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