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Le divorce Communauté-Opinions publiques: Oubli du respect de la diversité (Europe: Communauté ou Empire? de Franck Biancheri, 1992)

Le divorce Communauté-Opinions publiques: Oubli du respect de la diversité (Europe: Communauté ou Empire? de Franck Biancheri, 1992)

Le non-respect actuel de cette diversité accroît régulièrement le nombre des inquiets du processus communautaire, commençant même, comme le prouvent les difficultés rencontrées par la ratification du traité de Maastricht, à gagner les rangs des jeunes et des proeuropéens.

La pluralité n’est pas la différence, car elle est l’expression multiple d’une identité commune, alors que la différence est l’affirmation d’une absence de cette dernière. C’est pourquoi la diversité s’incarne généralement dans les méthodes plus que dans les objectifs. Elle représente l’autre facette de l’identité européenne, complément de l’unité.

La respecter, c’est affirmer que l’on est Européen parce que l’on est Français, Allemand, Italien… et non pas Européen à la place d’être Français, Allemand, Italien… La respecter, c’est affirmer que notre identité européenne est inconnaissable, soubassement à jamais introuvable de nos identités nationales, qui ne peut prendre forme qu’à travers nos identités, nos cultures nationales, régionales et locales. La respecter, c’est affirmer que l’Europe est toujours derrière nous, jamais devant. Elle est le point d’appui qui nous permet d’avancer, l’horizon qui nous autorise à découvrir et à inventer. La respecter, c’est affirmer que l’individu n’existe pas s’il est atomisé au sein d’immenses collectivités, qu’il a besoin de collectivités intermédiaires pour lui faire atteindre la conscience d’appartenir aux plus vastes. Pour appartenir vraiment, il lui faut aussi pouvoir agir et influencer vraiment, et sans collectivités intermédiaires il ne peut rien, noyé dans la masse. La respecter, c’est non seulement l’affirmer, mais c’est surtout imaginer les instruments opérationnels de sa préservation.

Il suffit pour cela de connaître ce qu’elle est. Étant l’exact pendant du concept d’unité européenne, la diversité européenne est l’affirmation de la différence des formes prises par notre identité commune. Si l’unité est notre force, la diversité est notre richesse. Aussi, la préserver consiste avant tout à mettre en œuvre les procédures démocratiques au sein du processus communautaire et à différencier les objectifs des méthodes (le fond et la forme) pour permettre à chaque collectivité de contribuer à sa manière à l’œuvre commune.

Ainsi, quand une vraie politique commune de l’éducation sera mise en œuvre demain, il n’y aura nul besoin d’imposer un cadre d’application. Les objectifs en termes de curricula communs, d’échanges d’étudiants, de cursus intégrés, de rencontres de collégiens et lycéens, etc., étant fixés en commun, les modalités d’application et les organismes responsables devront être au choix de chaque peuple : si les Français restent attachés au concept d’Éducation Nationale, ils confieront tout cela à leur ministère national ; si les Allemands souhaitent conserver la dimension régionale, ils le confieront aux ministères des Länder. Bien sûr, administrativement parlant, on pourrait penser que cela sera plus complexe à gérer au niveau communautaire. C’est faux, car penser ainsi, c’est ignorer trois évidences :

  • sans ce respect de la diversité, il n’y aura tout simplement jamais de politique commune de l’éducation ;
  • sans ce respect de la diversité qui laisse choisir aux populations le niveau opérationnel qui leur convient, l’administration de la politique concernée deviendra rapidement inadaptée et donc inefficace ;
  • sans ce respect de la diversité qui laisse choisir aux populations la méthode opérationnelle qui leur convient, le processus communautaire se heurtera à des oppositions croissantes.

Ainsi se dessine une méthodologie du respect de la diversité: création de procédures communautaires démocratiques du bas vers le haut ; distinction entre objectifs communs et méthodes au choix ; non-imposition de niveaux opérationnels laissés au choix des populations concernées. Cette méthodologie s’apparente à celle du réseau.

Le non-respect actuel de cette diversité accroît régulièrement le nombre des inquiets du processus communautaire, commençant même, comme le prouvent les difficultés rencontrées par la ratification du traité de Maastricht, à gagner les rangs des jeunes et des proeuropéens.

Extrait du livre:

Europe: Communauté ou Empire? Éléments de réflexion et principes d’action à l’usage des futurs citoyens européens, de Franck Biancheri, 1992

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