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Communauté ou empire: au citoyen européen de choisir ! (extrait du livre « Europe: Communauté ou Empire? » de Franck Biancheri, 1992)

L’ouvrage inédit « Europe: Communauté ou Empire » écrit par Franck Biancheri en 1992 (publié aux Editions Anticipolis -12/2017) est une oeuvre historique sans pareil. Dans ce livre, qui n’a jamais été publié de son vivant, Franck Biancheri pose les dérives du système européen, notamment celles contenues dans le nouveau traité de Maastricht, qui conduisent à la grande tentation de l’empire « Europe ». Franck Biancheri écrit:
« Deux grandes figures symboliques vont incarner les deux alternatives qui se présentent à l’Europe: celle de la Communauté ou celle de l’Empire. La Communauté représente une poursuite de l’expérience novatrice commencée par les Européens de l’Ouest après la Seconde Guerre mondiale, une tentative de surmonter les oppositions entre États-nations par des moyens pacifiques. L’Empire représente la dérive classique de toute entité politique sur le chemin de la puissance. Qu’elle ait été dictature d’un homme ou d’un groupe sur les autres, cette dérive a toujours pris la forme de la bureaucratie et de la centralisation pour aboutir in fine à l’effondrement. »
En 1992, comme le rappelle Franck Biancheri, l’Europe et les Européens vivent un espace-temps historique. Pour lui « … L’effondrement du communisme marque l’entrée de la Communauté européenne dans l’Histoire comme acteur (et non plus spectateur)… » et condamne « chacun de nous en tant qu’individu, parent (ou parent potentiel) d’enfants dont le siècle sera le XXIe, citoyen responsable, « honnête homme » ou « gentleman » tout simplement, (est condamné) à être un acteur et non un simple spectateur afin d’essayer d’influencer le choix… ».
La question que nous pouvons nous poser honnêtement aujourd’hui est de savoir ce que nous avons fait de ce choix? Sommes-nous restés simples spectateurs sur les bancs de l’Histoire? Relire les anticipations de Franck Biancheri permet de comprendre les ressorts de l’échec et de bâtir la prochaine Europe sur une leçon mieux comprise.

Introduction – La Communauté à la croisée des chemins

Le citoyen européen ne peut naître que de la conjonction de trois facteurs :

  • la volonté des citoyens nationaux responsables de devenir, eux et leurs enfants, des citoyens européens responsables ;
  • la volonté des institutions et des dirigeants de stimuler le développement d’une société civile;
  • la capacité des uns et des autres à pouvoir s’organiser pour que leurs volontés deviennent des réalités, c’est-à-dire maîtriser l’élaboration et la mise en œuvre de politiques et d’instruments communautaires nouveaux.

III. Communauté ou empire : au citoyen européen de choisir !

La Communauté peut en effet se concevoir comme la mise en œuvre d’un modèle politique inédit, inventé brillamment, quoiqu’un peu par hasard, il y a trente-cinq ans. Un modèle pétri de la tradition démocratique européenne et de la prise de conscience de l’absurdité de l’exaltation (ou de la négation) de différences qui nous ont menés à deux conflits tragiques.

Entité politique nouvelle, ayant pour vocation à créer l’unité pour préserver la diversité, la Communauté parvient depuis lors à surmonter ces deux concepts apparemment antinomiques grâce à l’utilisation et à l’amélioration de la pratique démocratique de nos peuples. Utopie laborieusement mise en œuvre, elle tente de comprendre quels sont les rêves de chacune de ses composantes pour essayer de s’inventer comme projet collectif pouvant recevoir l’adhésion de tous. Utopie revenue des idéologies, elle se targue – sage précaution – d’être porteuse de progrès mesurables à l’échelle d’une vie humaine et se définit comme un processus, un chemin, plutôt que comme un objectif de cité idéale. Ou alors, elle peut s’enfoncer dans les ornières de l’Histoire et être le « Mozart assassiné » de la politique du XXIe siècle. Alors, il lui suffira inconsciemment de se défaire du concept et du nom de Communauté (référence à son origine innovante) pour revêtir les habits classiques de la « puissance-union», d’« états unis ». Elle amalgamera les diversités comme les hommes le font depuis des millénaires et revêtira les habits d’apparat de l’Empire. Elle sera devenue ce fantasme d’un centre (qu’il soit un individu ou un groupe) qui tente d’imposer son rêve de puissance et de gloire à une périphérie dont la diversité est perçue comme un péril constant, menaçant par nature le rêve de l’hégémon.

Ces deux grandes voies, la communauté ou l’empire, se trouvent aujourd’hui devant nous et les choix déterminants seront ceux de la décennie 1990. L’effondrement du communisme marque l’entrée de la Communauté européenne dans l’Histoire comme acteur et non plus spectateur. Les élections européennes de 1999, qui voisineront à deux ou trois années près avec l’extension réussie (ou pas) de cette même Communauté à la quasi-intégralité du continent européen (ex-URSS non comprise), constitueront les premières élections d’une Communauté dotée de larges pouvoirs dans des domaines vitaux. Elles marqueront sans doute la dernière étape de cette « décennie de tous les choix », passage de l’enfance à l’âge adulte.

On peut s’étonner de ne pas me voir évoquer ici l’éventualité d’un retour au libre jeu des États-nations comme l’un des chemins d’avenir possible. Il s’agit pourtant du « spectre » favori des proeuropéens. Si je ne l’évoque pas en tant qu’avenir possible, c’est tout simplement parce qu’il ne l’est plus depuis cinq à dix ans au moins. Les raisons en sont simples :

  • le degré d’interdépendance entre nos États est devenu si fort qu’il faudrait une énorme volonté pour revenir en arrière, et le système communautaire actuel est assez souple pour s’adapter à nombre de « particularismes » ;
  • en démocratie, cette volonté ne pourrait naître que d’un rejet majoritaire, notamment dans au moins deux grands États-membres à la fois. Quelle pourrait en être la cause ? La seule raison imaginable tiendrait à une dérive impériale de la Communauté qui deviendrait trop pesante ou exclurait certains peuples de ses prises de décisions. Cela conduirait inéluctablement certains de ses membres à un rejet violent. On voit donc ici que la principale cause de retour à un libre jeu des États serait la tentative de suivre la voie impériale. Cela nous ramène dès lors aux deux possibilités originelles…

On peut constater l’importance exceptionnelle des enjeux que recouvrent ces deux voies d’avenir : la Communauté et l’Empire.

Chacun de nous en tant qu’individu, parent (ou parent potentiel) d’enfants dont le siècle sera le XXIe, citoyen responsable, « honnête homme » ou « gentleman » tout simplement, est condamné à être un acteur et non un simple spectateur afin d’essayer d’influencer le choix. Les deux chemins représentent deux avenirs diamétralement opposés. …

Extrait du livre « Europe: Communauté ou Empire? Éléments de réflexion et principes d’action à l’usage des futurs citoyens européens » de Franck Biancheri, 1992 – à commander aux Editions Anticipolis -12/2017 – ou sur notre BOUTIQUE

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