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Brexit, Trump, populisme: L’ « ère post-factuelle »,  ses complices et ses antidotes (José María Compagni Morales)

Brexit, Trump, populisme: L’ « ère post-factuelle », ses complices et ses antidotes (José María Compagni Morales)

D’une certaine manière, on peut dire que nous sommes tous complices de l’ »ère post-factuelle », quoi qu’à des degrés divers. Mais tout d’abord qu’est-ce que cette « ère post-factuelle »?

L’ »ère post-factuelle » fait référence aux situations dans lesquelles l’émotion et les convictions personnelles jouent un rôle plus déterminant dans la construction de l’opinion publique, que les faits objectifs[1].

L’ »ère post-factuelle » est utilisée dans la sphère politique. Elle est incorporée dans les courants populistes et reflète un principe général bien connu du marketing : ce qui compte n’est pas la réalité, mais la perception que nous en avons.

post-truth-enLe mécanisme est simple. Une personne rassemble quelques vérités reconnaissables par tous, mais les énonce d’une manière politiquement incorrecte, et le tour est joué ! Cette personne est perçue comme le nouveau sauveur.

Mais demandons-nous qui sont les complices de ces courants populistes? Nous, les citoyens qui nous autorisons à être séduits par eux? Les dirigeants politiques qui maintiennent le status quo? La main invisible qui guide tout?

Et répondons surtout à cette question centrale: quels sont les antidotes pour combattre le populisme? En bonne politique, l’antidote au « post-factuel » et  au populisme est l’authenticité. Et ce ne sont pas seulement des personnalités nouvelles ou pures qui permettent le retour à l’authenticité, mais plus simplement aussi des dirigeants reconnaissant honnêtement leurs erreurs et s’excusant auprès des citoyens.

Prenons l’exemple de notre Europe. La plupart de la classe politique est consciente des erreurs commises au cours des dernières décennies. Qu’attendent-ils donc pour reconnaître publiquement les réelles causes de la crise actuelle?

-> Pour reconnaître la dynamique apportée par la chute du Mur de Berlin à l’économie de marché comme une force de changement fondamentale qui a fini par séduire la classe politique indépendante.

-> Pour reconnaître que les critères de convergence du Traité de Maastricht ont dérivé, une décennie plus tard, vers une grande divergence entre politique et citoyens.

-> Pour reconnaître qu’ils n’ont pas su saisir le message d’alerte lancé par les citoyens en 2005, lors des rejets français et néerlandais du Traité établissant une Constitution pour l’Europe. La paralysie comme réponse et la corruption mondialisée qui a continué à progresser, ont abouti à creuser ce fossé qui fait que désormais tout problème se trouve démultiplié.

-> Pour reconnaitre que ce sont les dirigeants des partis politiques qui ont dissous la légitimité de leurs partis, au moment où le monde globalisé et les partis auraient dû chercher à se structurer, au moins sous forme de partis transeuropéens.

-> Pour reconnaître leur incapacité à anticiper et à créer une vision pour l’avenir, identifiant les grands défis pour nos sociétés.



Notre bien-aimé Franck Biancheri, probablement la personne la plus politiquement intelligente de ces derniers temps, alors qu’il était déjà cloîtré dans la maladie qui lui coûta la vie, a décrit deux scénarios pour la décennie dans laquelle nous nous trouvons. Poétiquement, il a nommé le scénario le moins négatif « l’aube douloureuse du monde d’après« , et le plus négatif « le crépuscule tragique du monde d’avant« . Conscient que son récit d’évènements pour cette décennie ne deviendrait pas littéralement vrai, mais refléterait plutôt l’atmosphère qui nous entoure, il écrivit[2] en 2012 ces lignes au sujet de l’année 2016:

 Premier scénario. L’aube douloureuse du monde d’après 2016

Président des Etats-Unis réélu sur le socle d’un nouvel ordre mondial multipolaire et ré-industrialisation des Etats-Unis.

Second scénario: Le crépuscule tragique du monde d’avant 2016

Election d’un nouveau Président Américain sur la base d’un programme isolationniste. Vérité vraie.

Dirigeants socio-démocrates, chrétiens-démocrates, libéraux…, reconnaissez vos erreurs et excusez-vous auprès des citoyens! Seulement alors, pourrons-nous stopper la vague de populisme qui dévaste aujourd’hui les deux rives de l’Atlantique!

Mais peut-être sont-ils conscients de leurs erreurs, mais que les reconnaître mettrait fin à leurs partis et à eux-mêmes, puisqu’ils sont financés par des intérêts économiques qui ont profité d’eux… expliquant d’ailleurs pourquoi ils ont contribué à cette dérive des partis politiques traditionnels…

De nouvelles personnes viendront encore, mais ils auront besoin de vous à leurs côtés pour vaincre le « post-factuel » et les populismes, et permettre ainsi la venue du monde d’après.

José María Compagni Morales

Vice-président de l’AAFB (Association des Amis de Franck Biancheri)
Secrétaire Général de LEAP (Laboratoire Européen d’Anticipation Politique)

 

[1] https://en.oxforddictionaries.com/definition/post-truth

[2] Crise mondiale, en route vers le monde d’après. France, Europe, Monde, dans la décennie 2010-2020. Editions Anticipolis, 2010.

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